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02 novembre 2023

Aujourd'hui, le jour des Défunts

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Encens, marbre et bruyère

Encens

Au son de l’orgue dans l’encens je vois monter la maison

d’enfance

 

Elle s’élève avec les miens que j’ai connus et les autres qui

m’ont parlé à travers eux

 

La maison en pierres et en mots avec son coffre-fort qui

s’ouvrit à la fin sur quelques emprunts russes

 

Le jardin la voie ferrée la marquise de la gare l’autorail

l’encens les soulève

 

Il prend aussi le petit square avec son lampadaire

 
Tout ce qui veut peser compter durer l’encens m’aide à le
voir encore un peu puis il l’emporte dans les airs
Marbre

Comme une feuille de carnet par terre où l’on a écrit des noms et des dates

Cette page ne prend ni le vent ni la pluie c’est ce que j’attends d’elle

Moi sous le ciel

Qui ne suis pas encore dans le secret des cieux
Bruyère

Quand les mots ont cédé à l’encens et au marbre il reste un geste

La bruyère trouvée sur le marché d’automne où l’on vend aussi aux vivants distraits des bouquets

d’immortelles

(Extrait de mon recueil Veilleuses paru en novembre 2022)

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Pour les personnes d'Oyonnax et de sa région, Veilleuses est en vente au kiosque de l'hôpital d'Oyonnax au prix de 10 €.

01 novembre 2023

Aujourd'hui, la Toussaint.

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À la Toussaint, mon esprit est la maison que je veux accueillante et joyeuse pour mes défunts,

la douce maison des morts

 

tant je fus toute ma vie heureux et choyé dans leurs terrestres demeures.

 

Je les attends comme ils m’ont espéré

 

s’ils veulent bien venir au seuil de ma mémoire

 

et ni la nuit ni le froid ne m’atteignent quand je leur ouvre ma porte

car je ne vois dehors dans le vent que l’envol des

feuilles d’automne qui fut leur danse enfantine et leur grande valse.

 

Je les connais tous, même ceux qui sont nés et ont vécu lorsque je n’étais pas encore parce que nous parlons d’eux autour de la grande table.

 

Comme ce grand récit nourrit bien, autant que les mets et les vins,

 

et qu'il est bon de rire de leurs rires et de pleurer de leurs larmes.

 

(Extrait de mon recueil Veilleuses paru en novembre 2022)

Et en musique :

Sir Edward Elgar (1857-1934) : Lux Aeterna.

Et une autre version ici.

Pour les personnes d'Oyonnax et de sa région, Veilleuses est en vente au kiosque de l'hôpital d'Oyonnax au prix de 10 €.

02 novembre 2022

Aujourd'hui, Jour des Défunts.

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De la dernière demeure

Bien que je n’en fasse pas une obsession, je suis attaché à la Toussaint, au Jour des Défunts et aux sépultures où sont inscrits dans la pierre les noms et les dates des disparus.

Si je respecte la volonté de qui souhaite la crémation, je suis quant à moi rétif à cette pratique funéraire étrangère à ma culture occidentale. Je ne souhaiterais pas plus que ma dépouille soit déposée dans un cercueil en carton ou emmaillotée en position fœtale dans un cocon destiné aux plantations qu’un employé des Pompes funèbres reconverti en pépiniériste irait disposer dans quelque forêt du souvenir.

Je n’en imposerai pas pour autant à mes proches des dernières volontés qui leur causeraient des problèmes matériels et ils pourront agir à leur guise au cas où je n’aurais pas été en capacité de prévoir de mon vivant les obsèques de mon choix.

Tous mes défunts reposent dans des tombes classiques et des caveaux de famille et j’espère qu’il en sera ainsi pour moi avec mon nom et mes dates ainsi qu'au préalable, la Croix sur mon cercueil. À l’ancien cimetière d’Oyonnax, les familles Cottet-Emard-Bondet ont deux caveaux avec monuments situés côte à côte, l’un de style années trente, l’autre beaucoup plus ancien encore marqué par l’esthétique funéraire du dix-neuvième siècle. Comparées à d’autres, ces sépultures sont relativement sobres d’aspect mais de toute façon, en matière d’art funéraire, rien de ce qui peut être aujourd’hui perçu comme théâtral ne me choque, pas même ces monuments munis d’une porte d’entrée et entourés d’une grille avec un portail où ne manque que le panneau Propriété privée ! Une telle sépulture me conviendrait très bien et je serais ravi que des amoureux puissent venir s’y bécoter en toute tranquillité !

J’aime l’idée que les défunts aient leurs parcs arborés où se déploient leurs boulevards, leurs allées, leurs rues, leurs maisons, leurs monuments, leurs colonnes, leurs coupoles, leurs chapelles, en un mot leurs demeures humbles ou prestigieuses avec des limites de propriétés bien tracées. À cet égard, je me situe radicalement à contre-courant de l’esprit funéraire d’aujourd’hui, ce qui m’exposera, je n’en doute pas, si je suis incapable de tout financer et de tout organiser moi-même, à finir en cendres au mieux dans une cavurne (horrible mot !) ou propulsé dans quelque fantaisie écolo-New Age quand ce ne sera pas en carbone vitrifié serti dans une bague qui se retrouvera un jour ou l’autre au fond d’un tiroir ou au marché aux puces.

J’avais dix-neuf ans quand mon arrière- grand-mère née en 1882 est décédée à quatre-vingt seize ans. Très présente dans mon enfance et mon adolescence, c’est à elle que je dois le sentiment d’une profonde proximité culturelle avec le dix-neuvième siècle. À bien des égards, je me sens comme un homme du dix-neuvième siècle, notamment dans mon rapport à la mort et aux rites funéraires. Même si mes obsèques et ma sépulture ont peu de chances de ressembler à celles d’un homme de cette époque, ce que je regrette, je ne me sentirai jamais en phase avec ce qui est aujourd’hui dans l’air du temps en ce domaine. C’est ici malgré moi ce qui parle en tant qu’homme occidental ancré dans l’esprit du dix-neuvième siècle, oscillant en permanence entre une spiritualité assez rustique, un matérialisme certain et un profond individualisme, ce qui explique ma conception classique du rituel funéraire occidental tel que je le conçois, en opposition totale avec ce qui est aujourd’hui préconisé.

Une raison plus profonde préside cependant à mon positionnement qui peut évidemment paraître réactionnaire, affecté ou tout simplement folklorique. En ce qui me concerne, je ne crois qu’à une chose en ce monde : l’individu unique et irremplaçable, ce que la science corrobore au moins dans l’état actuel des connaissances. Or, si nous y réfléchissons un peu, nous ne sommes dans la vie pas souvent reconnus comme des individus. Que ce soit dans le travail ou dans la vie sociale, notre individualité est le plus souvent niée. Notre organisation sociale nous conditionne dès l’enfance à l’engagement collectif, à privilégier le fonctionnement du groupe, s’il le faut au détriment de l’épanouissement individuel. Il est toujours assez mal vu de dire je. En littérature, l’autobiographie n’a jamais été aussi décriée qu’aujourd’hui. On m’a plusieurs fois reproché d’employer la première personne dans certains de mes articles publiés dans la presse littéraire. Dans la sphère privée, à part le cercle le plus proche de notre famille et de nos amis, nous ne sommes guère plus considérés dans notre individualité. Quant aux relations amoureuses, qui n’a pas eu au moins une fois dans sa vie l’occasion de mesurer à quel point une rupture sentimentale fait directement passer du statut d’individu unique et irremplaçable au statut de moins que rien ?

Chacun doit s’accommoder à sa manière de cette souffrance à voir son individualité non reconnue voire carrément niée et c’est là que j’en reviens au rite funéraire occidental et à son expression dans la pierre ou le marbre d’une tombe, d’un caveau ou d’un monument surmontés d’un nom et de deux dates, comme un pied de nez certes dérisoire à la fin d’un être unique et irremplaçable qui passa le temps d’un clignement de paupière dans l’immensité absurde de la création et le hasard de l’éternité.

 

Photo Christian Cottet-Emard