15 janvier 2026
Le jeune homme, les patates, les saucisses et la poésie

Il arrive au jeune homme d'écrire quelques poèmes,
mais s'il s'agit de poèmes d'amour, ils sont presque toujours ratés,
alors que s'il écrivait des poèmes qui parlent de patates qui rissolent ou de saucisses qui grillent dans la poêle en grésillant comme un disque rayé sur un gramophone,
il y en aurait peut-être un ou deux de réussis ainsi qu'on peut le constater chez Jim Harrison (1) et Wystan Hugh Auden (2),
mais cela, le jeune homme ne le saura que plus tard, quand il sera vieux et que cela n'aura plus d'importance.
(1) Cf : Matin de Pâques (Une heure de jour en moins, éd. Flammarion).
(2) Cf : Depuis (Poésies choisies, éd. Poésie / Gallimard).
(Extrait de mon recueil Hep ! Jeune homme ! © Éditions Orage-Lagune-Express)
Pour les personnes d'Oyonnax et sa région, ce livre est en vente au kiosque de l'hôpital d'Oyonnax.
• ASIN : B0FZFVM8KM
• Éditeur : Orage-Lagune-Express, diffusion Independently published
• Date de publication : 29 octobre 2025
• Langue : Français
• Nombre de pages de l'édition imprimée : 100 pages
• ISBN-13 : 979-8271887635
• Poids de l'article : 136 g
• Dimensions : 11 x 0.64 x 18.01 cm
• En vente par correspondance ici
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07 janvier 2026
Carnet / Relire Anaïs Nin (à propos de la jeunesse et de la maturité)
J’ai fini 2025 et commencé 2026 en relisant deux ouvrages que j’avais lus trop jeune, dans les années 70, un volume du Journal d’Anaïs Nin (1903-1977) et son recueil de récits, La Cloche de verre. J’avais acheté La Cloche de verre à Lyon, à la librairie des femmes, en 1978 ou 1979. Parmi ces treize récits qui mêlent inextricablement le réel le plus concret à l’onirisme le plus sophistiqué, ma préférence va aux deux premiers, La Péniche et La Souris, où se révèlent non seulement le regard aiguisé d’Anaïs Nin mais encore son appétit de liberté individuelle (elle a commencé par imprimer ses livres sur une presse et à les publier elle-même).
Quant au tome du Journal couvrant la période 1944-1947, je l’avais trouvé je ne sais plus où dans une des éditions du Livre de poche aux fameuses couvertures signées Pierre Faucheux. Selon la loi du genre, ces pages de journal sont traversées de fulgurances comme elles peuvent parfois s’étendre sur de longs développements un peu trop psychologiques à mon goût, mais dans tous les cas on ne décroche pas car Anaïs Nin est une pointure comme on dit aujourd’hui.
Cette relecture, cinquante après (!), m’inspire un léger sentiment d’étrangeté, assez proche de celui qui m’a conduit à écrire et à publier cet automne mon recueil Hep ! Jeune homme ! . Même si je veux m’en persuader, je ne suis pas certain que l’écriture de ce petit livre coïncidant avec la remontée des profondeurs de ma bibliothèque du Journal d’Anaïs Nin soit un pur hasard.
Dans ses quarante ans, Anaïs Nin fréquente beaucoup de jeunes artistes. Elle souligne dans son Journal sa difficulté à s’entourer d’individus entrés dans la maturité, leur préférant la compagnie de personnes d’une vingtaine d’années ou plus jeunes parce qu’elles ne sont pas encore atteintes dans leur esprit par ce qu’elle considère comme la rigidité voire la pétrification de l’âge mûr.
J’ai beau avoir accédé depuis longtemps à cette maturité à laquelle on est censé aboutir lorsqu’on avance en âge, en particulier lorsqu’on quitte la jeunesse (assez tardivement, d’ailleurs) je me rends compte, maintenant que j’ai 66 ans, qu’il s’agit d’une maturité superficielle, et cela malgré toutes les concessions que j’aie pu consentir à la radicalité de la jeunesse.
Par exemple, à 16 ans, je me méfiais comme de la peste des dirigeants politiques de tous bords, notamment des chefs d’états, admettant par la suite, en prenant de la bouteille, qu’il en existait probablement de plus respectables que d’autres et que, de toute façon, il en fallait bien pour diriger la société.
Pourtant, au plus profond de moi, du sexagénaire que je suis devenu, au plus primitif de mon instinct, cette vieille défiance pour les dirigeants du monde et leurs valets, réveillée par le contexte géopolitique actuel, reste la même: qu’il nous arrive parfois de les approuver, à certaines occasions et selon nos propres intérêts et déterminismes, ce sont des salopards et il est sage de se tenir le plus loin d’eux possible, qu’on soit âgé de 16 ou 66 ans, et au-delà ! C'est un des enseignements de ma relecture d'Anaïs Nin, grande individualiste devant l'éternel.
00:47 Publié dans Alliés substantiels, Lectures, Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anaïs nin, la cloche de verre, journal, littérature, livre de poche, éditions des femmes, lyon, blog littéraire de christian cottet-emard, hep ! jeune homme !
19 novembre 2025
Préface de « Hep ! jeune homme ! »

Illustration du début du livre (image de l'auteur)
Je ne me lève jamais le matin en me disant que je vais écrire un poème. Quelle idée ! Il en va tout autrement s'il s'agit d'un roman ou d'une nouvelle en chantier. Qui dit chantier dit travail avec la méthode, éventuellement le plan, l'organisation, parfois les horaires et surtout le but.
Rien de tout cela ne fonctionne dans ma poésie. Le poème survient, le roman progresse. L'écriture du poème est la dernière phase, la plus rapide, après le surgissement qui a très bien pu se produire longtemps avant, parfois des années ou des décennies ou à l'inverse il y a quelques secondes. Tout ça pour ça ? Un poème, petit ou grand ? Une adolescence, une jeunesse, parfois une vie entière consacrée à cette étrange chasse au papillon (ou cette chasse au papillon étrange) ?
Est-ce bien adroit de se laisser ainsi embarquer lorsqu'on est un peu conscient de la brièveté de la vie et de la nécessité de ne tout de même pas trop perdre de temps ?
Le poème est comme la vie, une puissance qui ne va vers aucun but, mais qui va tant qu'elle peut jusqu'à sa fin qu'elle ignore, la fin du bonheur ou la fin du malheur, pour elle c'est égal.
L'intelligence n'est ni la nature ni le moteur du poème, et que penser d'un poème malin, c'est-à-dire un poème fabriqué, autant dire pas vraiment un poème ?
J'ai précédemment évoqué avec emphase et maladresse « ma poésie » par simple convention de langage, aucun des textes de cet ensemble n’acceptant de se couler dans le moule de la prose ou du poème. Ce qu'est la poésie ou ce qu'elle n'est pas m'indiffère. La mienne n'a qu'une exigence, la plus radicale, se soucier juste d'être elle-même comme ne fut que lui-même le jeune homme de ce recueil, aujourd’hui un revenant.
Christian Cottet-Emard
En vente dès maintenant ici
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