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07 mai 2007

L'ange curieux

medium_angecurieux.3.JPEGAu mépris des plus élémentaires consignes de sécurité, je laissai l’ange accéder au poste central de surveillance. Je reste certes seul de longues heures d’affilée dans ce sanctuaire électronique sans rien faire d’autre que lorgner les écrans et regarder dehors à travers les vitres fumées à l’épreuve des balles mais cet isolement ne me pèse point. J’ai ouvert à l’ange car de toute façon, il se serait passé de mon accord. Depuis quand un ange aurait-il besoin de l’autorisation d’un gardien pour pénétrer dans un poste central de surveillance si ça lui chante ? Et puis il ne pouvait être animé de mauvaises intentions, un, parce qu’il était un ange, et deux, parce qu’il m’avait aidé à rentrer la poubelle.

L’énorme porte blindée se verrouilla. Je demandai à l’ange de bien vouloir s’installer dans le cabinet de toilette, à l’abri des regards, notamment lorsque le directeur, le concierge puis les autres membres du personnel viendraient réclamer leurs clefs. Si l’un d’entre eux apercevait l’ange à travers la vitre aussi épaisse qu’un hublot, c’en était fini de ma brillante carrière au poste central de surveillance. Mais l’ange, agacé, m’assura que j’étais et demeurerai le seul à le voir, ce qui s’avéra exact au moment de la délivrance des clefs par le passe-pli. On pouvait faire confiance à cet ange. Personne ne le vit alors qu’il se dandinait derrière moi en faisant des grimaces aux collègues qui me saluaient derrière la vitre. Cependant, ma nature méfiante m’incita tout de même à lui demander s’il était vraiment du bon côté. Vous venez de me montrer assez de prodiges qu’un démon aurait tout aussi bien pu accomplir. L’ange me jeta un de ces regards réservés à ceux qui ne comprennent jamais rien et, d’un geste las de la main, me désigna ses ailes. Cela ne prouve rien, lui rétorquai-je avec l’aplomb de celui à qui on ne fait pas avaler n’importe quelle baliverne. Là, je sentis que je l’avais énervé. Il me fixa en hochant la tête d’un air accablé : et alors ? Faut-il que je te fasse un numéro d’ange ? Des tours de magie ? Ou tiens, pendant qu’on y est, que je te dise la bonne aventure ?

Je m’empressai de saisir la proposition au vol : ah oui, vous pourriez me prédire mon avenir ? Il leva les yeux au ciel et me dévisagea avec consternation. Après tout, si tu y tiens... Tu continueras d’aller de petits boulots en petits boulots et ta femme restera avec toi par pitié. Voilà ; ça te fais rire Ô imbécile ? Non, non, pardonnez-moi, mais vous avez du noir sur l’aile droite. Sûrement la poubelle, quand vous m’avez aidé à la rentrer. Du noir ? Où ? Je ne vois rien. Mais si, vous avez une tache là, sur les petites plumes du dos, en bas de l’aile. J’allais lui tendre un miroir, ainsi que cela se fait chez le coiffeur, pour lui permettre de distinguer les traces noirâtres sur son plumage, lorsque je vis avec horreur sa tête amorcer une rotation complète. En nettoyant les plumes avec une serviette imbibée d’eau et de savon, je ne pus réprimer un sourire. Finalement, c’était drôle cette tête qui pivotait à 360 degrés. Eh bien, il en faut peu pour t’amuser, constata-t-il en me toisant avec sévérité. Bon. Ta compagnie m’est agréable mais je dois partir. Je reviendrai demain.

De fait, il revint le lendemain, peu après ma prise de service, l’après-midi cette fois. Je ne lui avais pourtant pas divulgué mes horaires, ce qui est formellement interdit. Nous bavardâmes jusqu’à la fin de ma permanence. En partant, il me regarda fermer les portes avec curiosité, comme si je me livrais à quelque invraisemblable rituel, et m’aida à sortir la poubelle. Puis nous nous séparâmes. Le soir, au moment du dîner, je finis par poser la question à ma femme : ne serait-ce pas par pitié que tu continues de vivre avec moi ? Elle hocha la tête avec indulgence et murmura : mais qu’est-ce que tu vas encore imaginer ? Je vis alors passer l’ange sur son visage. Il souriait, bien sûr.

* Cette nouvelle a été écrite à la suite d'une commande sur la thématique de l'ange. Le projet n'ayant pas abouti, elle a été publiée sous le titre Le Gardien de l'ange dans les revues La Presse littéraire n°3 (février 2006) et le Croquant n°51/52 (automne 2006).

Addenda 2014 à cette page : cette nouvelle a été également reprise dans le recueil Dragon, ange et pou (trois burlesques) publié aux éditions Le Pont du Change en septembre 2012. Droits réservés © Le Pont du change 2012. ISBN 978-2-9534259-7-0 

05 mai 2007

Communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme

Election présidentielle
Le 6 mai, barrons la route à l’autoritarisme, votons pour défendre les droits et les libertés

Communiqué de la LDH
Contre-pouvoir et association civique luttant contre l'arbitraire, l'injustice et l'intolérance, la Ligue des droits de l’Homme n’intervient dans le débat électoral que si le bon fonctionnement de la démocratie, l'effectivité de la citoyenneté et le respect des principes de liberté, d'égalité et de fraternité sont en jeu.
 
Nous venons de vivre cinq années de régression des libertés, de l’égalité et de la fraternité. Tous les pouvoirs ont été accaparés par un seul courant politique. L’autoritarisme, le recours aux moyens d’exception ont accompagné le renforcement du contrôle social, le choix du tout répressif, le recul des droits des justiciables, les attaques contre l’indépendance des juges. L’insécurité sociale a été renforcée pour les plus faibles, la protection sociale fragilisée, la précarité du travail encouragée. Les « marginaux », les « différents », les jeunes des quartiers défavorisés, ont été traités en boucs émissaires, les étrangers traqués jusque dans les écoles maternelles, les familles les plus démunies sanctionnées pour leur pauvreté.
 
Si Nicolas Sarkozy se voyait confier la plus haute charge de l’Etat, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas : loi durcissant encore la répression pénale, nouvelle loi anti-étrangers, contrat de travail « unique » se substituant au CDI, sans parler du ministère de l’« identitaire » et de l’immigration… Il est de notre devoir d’alerter les citoyennes et les citoyens de ce pays : la poursuite et l’amplification de la politique menée depuis cinq ans ne serait pas un «rêve» mais un cauchemar. Nous ne voulons pas d’une démocratie muselée qui, parce qu’elle laisserait sur le bord de la route des millions de personnes, attiserait le communautarisme, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie et ouvrirait la voie aux révoltes sociales.
 
Nous voulons une autre France : fière de sa diversité, soucieuse que chacun puisse réaliser ses aspirations, porteuse des libertés et rénovant sa démocratie. La France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle met ses actes en accord avec son ambition séculaire de voir tous les droits valoir pour tous. Pendant qu’il en est temps, la LDH appelle les électeurs à choisir la solidarité et non la peur, le respect et non les menaces, l’égalité et non les discriminations.
 
La Ligue des droits de l’Homme appelle à voter et à faire voter, le 6 mai 2007, pour Ségolène Royal.
 
Paris, le 28 avril 2007.

02 mai 2007

Nuel lit Artaud et Bossuet

Les Mardis d'Isabelle accueillent mardi 15 mai à 20 h :

A & B, une lecture de textes d'Artaud et Bossuet par Jean-Jacques Nuel

35 rue Sainte-Hélène 69002 Lyon

Réservations : 06 63 92 97 23

Participation : 1 euro et une boisson ou un grignotage.