14 février 2008
Jeux marins des arbres la nuit
La nuit, quand le vent souffle très fort dans les arbres, je sors sur le pas de ma porte, dans la petite rue déserte, et je peux entendre la mer.
Au bord de la mer, c'est pareil. J'entends le vent dans le feuillage.
Rien n'est plus facile. Il ne faut que de l'air dans des feuilles ou dans de l'eau pour s'offrir à sa porte la mer ou la forêt.
Alors pourquoi partir, pourquoi bouger ? Qui pourrait bien me le dire ?
(Extrait de : Le Grand variable, éditions Editinter, 2002).
Gravure de Jacki Maréchal (pour cet extrait en ligne).
Au bord de la mer, c'est pareil. J'entends le vent dans le feuillage.
Rien n'est plus facile. Il ne faut que de l'air dans des feuilles ou dans de l'eau pour s'offrir à sa porte la mer ou la forêt.
Alors pourquoi partir, pourquoi bouger ? Qui pourrait bien me le dire ?
(Extrait de : Le Grand variable, éditions Editinter, 2002).
Gravure de Jacki Maréchal (pour cet extrait en ligne).
23:50 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Jeux, arbres, forêt, mer, blog littéraire de Christian Cottet-Emard, gravure de Jacki Maréchal, Le Grand variable
08 février 2008
Syndrome du dimanche soir
On aurait dit des perce-neige les derniers réverbères avant la forêt
La route avait disparu à travers les flocons tu cherchais l’un des vieux épicéas désigné par un camarade de lycée comme celui de sa pendaison ce dimanche de l’année 1975 à 19h
On a presque tous de bonnes raisons de se pendre et d’aussi bonnes raisons de ne pas le faire mais la perspective du lundi fait du dimanche un jour à risque
Tu sais qu’il existe une difficulté technique à se pendre dans un épicéa de quarante mètres de haut à moins d’apporter une grande échelle pour atteindre les premières branches solides (est-ce bien raisonnable ?)
Se compliquer la vie est-ce bien raisonnable le soir même où l’on veut se la simplifier pour toujours en se coltinant une échelle sans compter la route escamotée dans la tourmente de neige ?
Il t’aurait montré un foyard ou même une de ces variétés de pins qui se sont contentés du sol qu’ils ont trouvé sur l’autre versant (arole, ou de montagne à la rigueur) peut-être
À 18h45 on ne sait jamais tu es venu rôder dans le secteur des vieux épicéas secoués par les bourrasques pour en conclure vers 20h :
1) que la route attendrait au moins la nouvelle lune pour réapparaître
2) que le camarade avait sans doute trouvé mieux à faire que de se pendre un dimanche soir de tempête dans un épicéa de deux cents ans en pleine hibernation
3) que la forêt de résineux ne se prête pas à la pendaison
4) que décidément ces réverbères on aurait dit des perce-neige
© Éditions Orage-Lagune-Express, 2008.
Photo © Marie-Christine Caredda
00:00 Publié dans Estime-toi heureux | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Epicéa, forêt, poésie, souvenir
09 mars 2007
Un petit avion rouge

Il fait vrombir son hélice au-dessus des jardins communaux vous chercherez le mot « girouette » dans le dictionnaire et si vous en voyez une durant la promenade vous la montrerez à vos camarades dit le maître d’école
Pendant que tu te mets en rang avec les autres dès l’arrivée au panneau Oyonnax le petit avion rouge traverse une zone de turbulences son hélice mouline vaillamment l’air fantasque du premier printemps qu’on appelle le printemps des jardiniers
Très bien voici effectivement une girouette dit le maître d’école et d’où vient le vent ?
Ce maître d’école aime savoir d’où vient le vent et les promenades en forêt il a raconté en classe comment s’est terminée sa captivité il a erré sur une plage avec d’autres prisonniers et l’un de ses camarades a marché sur une mine
Le maître d’école est un homme qui a de sérieuses raisons d’aimer les promenades en forêt et de savoir d’où vient le vent
Car le vent fait tourner à plein régime l’hélice du petit avion rouge et cela peut suffire à ramener de la joie dans la tête décoiffée du maître et dans la tienne par la même occasion
Tu t’en doutais déjà en 1969 de l’importance d’un petit avion rouge lancé dans les joyeuses bourrasques parfumées au buis
Et l’idée séduisante de voler l’avion germa dans ton ennui d’écolier comme un haricot dans du coton
Mais tu n’étais pas un enfant pragmatique et entreprenant et le petit avion rouge volera encore longtemps au ras des sapins, des épicéas, des pins sylvestres et au-dessus du panneau Oyonnax
Aujourd’hui 9 mars 2007 tu sors de la grande forêt souple et odorante
Le petit avion traverse comme il peut les âges et les nuages qui lui ont piqué sa couleur rouge
Mais il vole toujours sur les cabanes et les fournaches des jardiniers
Et la Rose des Vents pourra toujours l’égratigner s’obstiner à l’entraîner de l’autre côté de la vallée où la colline a vendu son âme là où le diable en profite pour tirer la langue noire de l’autoroute
Rien n’y fera c’est ainsi ce sera toujours le même et le seul petit avion rouge de toute la Création à ne voler qu’en lisière de la grande forêt souple et odorante
Copyright : Orage-Lagune-Express, 2007.
16:00 Publié dans Estime-toi heureux | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Brouillon de poème, avion rouge, forêt, Oyonnax, jardins, cabanes, maître d'école