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02 septembre 2026

Conseils aux écrivains allergiques à la rentrée

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L’odeur de l’encre fraîche vous évoque plus votre entrée au cours préparatoire que la réception de vos premiers exemplaires d’auteur. Les jurys littéraires embusqués derrière leurs piles de livres vous suggèrent la distribution des prix où vous faisiez de la figuration. Le jeune romancier débutant vous rappelle la face de lune du premier de la classe et le vieux débutant le rictus de caïman de votre plus sadique instituteur. Le passage à la télé ravive le souvenir cuisant de l’appel au tableau et la séance de dédicace réveille la hantise du cahier à rendre signé. Pas de doute, vous êtes un grand traumatisé.

Vous n’aimez pas la rentrée ? Moi non plus. Dès ma première heure de classe maternelle, j’ai tout de suite compris que je préférerai toujours la sortie. Plus tard, en promenade dans la berline familiale, j’ai appris à repérer les panneaux en forme de triangle qui signalent un danger, par exemple «ATTENTION ÉCOLE».

Je sais, vous êtes devenu écrivain pour éviter le syndrome du dimanche soir, pour ne plus jamais connaître la rentrée, et voilà qu’on vous colle la rentrée littéraire. Pire, comme si la rentrée d’automne ne suffisait pas, on vous en prévoit une autre alors que le printemps n’a pas encore pointé son premier pissenlit. Les commerciaux de l’édition envisagent même de développer le concept d’une troisième rentrée qui serait bien pratique au début de l’été, à la veille des grandes vacances — en vérité de plus en plus en plus courtes — pour jeter quelques pavés supplémentaires sur les plages et dans la mare aux canards. Bientôt trois rentrées littéraires par an... Heureusement que l’Éducation Nationale ne suit pas le mouvement. Quand même, le monde devient moche.

J’en arrive à me demander si tout ce cirque autour de la rentrée ne témoigne pas d’un complot visant à dégoûter les gens de prendre des vacances, et particulièrement les écrivains qui aiment en prendre de très longues. Non, contrairement à ce que tout le monde semble murmurer dans mon dos, je ne suis pas paranoïaque. Je remarque simplement que ma boîte aux lettres se remplit de prospectus débordant de photos d’individus dynamiques et sveltes aux visages fendus de sourires carnassiers — que dis-je, omnivores — annonçant la rentrée au moment précis où je songe à boucler ma besace de plage ou mon sac tyrolien. À voir tous ces pépés tondeurs, mémés rotofileuses, papas perceurs, mamans visseuses et leur progéniture dopée aux devoirs de vacances, on finirait par croire que la retraite, la RTT, le week-end et les congés scolaires relèvent de la mauvaise hygiène de vie. Bienvenue dans la fourmilière.

Selon l’écrivain que vous êtes, les solutions pour échapper à la rentrée diffèrent. Si la gloire et la fortune transforment votre rentrée littéraire en un épuisant jeu de cache-cache avec vos admirateurs les plus fanatiques, achetez un dixième de Patagonie et commandez vite la clôture en promotion chez www.jebricoleàn’importequelleheuresiçameplaît.com. Si vous n’avez jamais rien publié et que vous écrivez toujours, c’est très bien, continuez ainsi, ne changez rien. S’éditer soi-même fournit aussi un bon moyen de ne pas être concerné par la rentrée littéraire. Lorsque j’ai voulu tenter l’expérience, encore dans les limbes de l’adolescence, cela m’a fait tout drôle de voir rappliquer dans ma cour un camion, lequel, au terme d’une manœuvre délicate suivie d’un éternuement de frein, a expulsé de sa cabine un costaud bougon brandissant un bon de livraison : « j’ai une palette au nom de Cottet-Emard, ouais, des bouquins. » Et le transporteur de s’esclaffer : « ben vous, quand vous lisez, vous faites pas semblant ! On la met où, la palette ? Là ? Dehors ou dans le garage ? » J’ai signé le bon et j’ai dit que j’allais me débrouiller avec les cartons. Le costaud et son camion se sont évaporés dans un nuage de gaz. J’ai regardé la palette et j’ai compris que l’arrivée de 1500 exemplaires d’un livre débarquant à domicile à l’heure du petit déjeuner pouvait susciter une saine remise en question de certaines vues de l’esprit. Cette rentrée-là, je m’en souviens encore.

Si l’expérience vous tente, commandez plutôt dix exemplaires à votre imprimante et allez vite vous réconcilier avec votre éditeur. D’autant qu’à bien y réfléchir, la rentrée littéraire, avec ses palettes, ses cartons, ses offices et ses retours, c’est son problème et celui des libraires. Vous le savez bien, dans ce métier d’auteur, vous n’existez qu’à dix pour cent, alors vous pouvez vous permettre de sécher.

(46ème épisode paru dans le Magazine des livres n°12, octobre/novembre 2008)

TU ÉCRIS TOUJOURS ? (FEUILLETON D’UN ÉCRIVAIN DE CAMPAGNE). Précédents épisodes parus en volume aux éditions Le Pont du Change à Lyon (qui ont cessé leurs activités). Une nouvelle édition augmentée reprenant l'intégrale de ces chroniques humoristiques est sortie en 2023. Pour les personnes d'Oyonnax et sa région, On peut commander ce livre à la librairie Buffet d'Oyonnax, au kiosque de l'hôpital d'Oyonnax ou en me contactant directement à contact.ccottetemard@yahoo.fr

Vignette : Une couverture de l'ancien Magazine des livres où paraissaient mes chroniques.

27 août 2026

Parution début septembre : OYONNAX DANS MES LIVRES

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L'ancienne pépinière de la forêt de la Brétouze (à partir d'une photo prise par l'auteur au début des années 1980)

Avant-propos du livre

Il m’a fallu du temps pour considérer Oyonnax, où j’ai le plus longtemps vécu, comme un décor de roman aussi digne d’intérêt que ceux fournis par d’autres cités où j’ai voyagé et séjourné, certes sans commune mesure avec cette ville du Haut-Bugey, qu’il s’agisse entre autres de Venise, Rome, Florence, Lisbonne, Porto, Barcelone et Lyon. J’ai dû convoquer ce qui restait de ma mémoire d’enfant pour laisser remonter des images fugaces, en vérité des signes annonciateurs des premières manifestations de la fiction à l’œuvre dans ma conscience. Beaucoup plus tard, très exactement à l’époque où j’ai enfin réussi à équilibrer le fond et la forme dans mes écrits littéraires, vers l’âge de quarante ans, ma ville de résidence m’est alors apparue sous un autre jour. Bien sûr, il ne s’agissait pas de la décrire en vue de produire une littérature régionaliste, mais au contraire de l’intégrer à la vie et à l’expérience de mes personnages : mieux que les faire entrer dans le décor, faire entrer ce décor en eux. C’est bien ainsi qu’Oyonnax est devenue pour moi une ville littéraire, sous l’effet du regard que mes personnages de fiction portent désormais sur elle, un regard qui modifie le mien jusqu’à permettre l’émergence de lignes, de perspectives et d’horizons non pas nouveaux (puisque qu’on reste dans la banalité d’une ville de province) mais chamboulés, déformés ou mélangés comme dans un kaléidoscope. De ce fait, les lieux familiers aux lecteurs, reconnaissables et souvent cités avec précision, changent d'aspect tout en restant eux-mêmes, ainsi que cela se produit parfois dans les rêves. Les petites rues débouchent ailleurs, les passages se mélangent et se dispersent dans des labyrinthes, les squares du temps passé réapparaissent. Tout reste vrai, mais dans le désordre ou, comme on voudra, dans un ordre différent. La petite gare dort au fond de sa pendule, l’eau de la rivière (l’Ange ? le Lange ? (1) la Sarsouille ?) est fantasque comme le rire tumultueux d’une jeune fille (bien que la rivière soit toujours pareille à elle-même quel que soit son nom), les bancs publics flottent dans un bleu qui pourrait tout aussi bien être celui du ciel que celui de  la mer, le boulevard Dupuy, sous l'effet du temps, s’étire comme un élastique, des nappes de brouillard roulent sous le porche de l’église Saint-Léger et les guirlandes de Noël se rallument toutes seules dans les platanes après le jour de l’an. 

Le rôle des parcs publics dans cette redistribution de l'espace est prépondérant parce que ces lieux sont à la fois au cœur de la ville et hors d'elle, au centre des activités urbaines et pourtant isolés de celles-ci en une sorte de bulle spatio-temporelle. Calme et temps ralenti, c'est toujours ainsi que se caractérisent pour moi les parcs où j'ai flâné, y compris ceux d'Oyonnax, René Nicod et l'Oyonnalithe. Bon nombre de mes livres y sont nés alors que je me reposais sur un banc en écoutant l'eau de la fontaine aux poissons en métal peints en vert, déplacée depuis l'entrée du parc Nicod et réinstallée tout près de la rivière Sarsouille en un simple bassin où l'on a fort heureusement conservé les fameux poissons. Dans mes livres où je la mets en scène, Oyonnax peut être directement nommée ou apparaître en filigrane. Je ne m'interdis pas de changer des noms de rues, de quartiers ou de cours d'eau. 

Dans un de mes ouvrages  (absent de cette petite anthologie personnelle pour des raisons de droit éditorial), j'ai transformé le nom de la rivière Sarsouille en Salsaville. Je n'ai pas choisi ce nom par hasard, mais à la suite d'un épisode de mon ancien métier de rédacteur au quotidien Le Progrès dans les années 1980. À cette époque, les articles des journalistes étaient saisis par des secrétaires ou des clavistes souvent mises en difficulté par des écritures manuscrites, ce qui favorisait la présence de fréquentes coquilles dans les textes composés. Ainsi est née une nouvelle rivière à Oyonnax, sous les doigts de fée d'une claviste soumise comme toutes ses collègues et comme moi-même à l'obligation de travailler trop vite. Mes pattes de mouche se résumaient à quelques lignes relatant le débordement de la paisible Sarsouille. Pas étonnant qu'en franchissant ses ponts, elle se soit métamorphosée en une sautillante Salsaville  ! 

Prendre toutes sortes de libertés avec la géographie et la toponymie est un plaisir d'auteur auquel je trouverais dommage de renoncer, surtout si cela peut stimuler aussi l'imagination lors de la lecture. Par exemple, je ne m'en suis pas privé dans une nouvelle de mon recueil Mariage d'automne intitulée Rendez-vous à Pré Nuble. Le nom de ce lieu-dit proche de ma résidence jurassienne située à une petite dizaine de kilomètres d'Oyonnax est en lui-même si étrange que je l'ai conservé dans le titre, ce qui ne m'a pas empêché d'en rapprocher le décor forestier d'un paysage fluvial où apparaît une péniche que j'ai nommée par euphonie l'Avilante parce qu'au moment de la désigner, j'ai pensé à la vie lente qu'on peut mener sur ce bateau. J'avais  bien sûr aussi dans la tête le nom de la péniche du film de Jean Vigo, l'Atalante. 

Ce que j'ai confié dans cet avant-propos explique que malgré mon goût pour les voyages essentiellement touristiques, je ne suis pas un voyageur. Ainsi que je le précise au début de mon livre L'Italie promise, jamais l'illusion des lointains ne m'a taraudé. Seul m'importe le retour. Là sonne pour moi l'heure du vrai voyage, lorsque, l'hiver, j'aperçois de loin le passant des rues mornes, l'arpenteur mélancolique des dimanches soirs oyonnaxiens qui sait rêver chez lui et avec ce qu'il a sous les yeux à un ailleurs improbable parce qu'il y est obligé  !

(1) Certains oyonnaxiens sont encore partagés sur le «vrai» nom de la rivière. Ma préférence va à l'Ange.

© Éditions Orage Lagune Express, droits réservés. Une édition limitée hors commerce de ce livre est disponible pour les collectionneurs et bibliophiles (me contacter à contact.ccottetemard@yahoo.fr)

23 août 2026

Adieu Linette (2012-2026)

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Quatorze ans trop vite passés avec toi. Cette nuit, mon cigare a un goût amer sous les étoiles. En rentrant au salon, j’ai encore le réflexe de laisser le rideau entrouvert comme j’en avais l’habitude avant le petit miaulement qui signalait l’apparition de ta frimousse en bas de la baie vitrée lorsque tu revenais de tes balades nocturnes et qui signifiait : « ouvre-moi ! » . Tu avais ta chatière pour aller et venir à ta guise, la nuit comme le jour, mais l’hiver, quand toutes les issues étaient fermées à cause du froid, je t’attendais en écrivant dans le silence. Ton fauteuil derrière la vitre est maintenant vide.

Notre propriété qui a tout de suite été la tienne, ton territoire autant que le nôtre, Marie et moi, a été ton monde. Tout avait très mal commencé pour toi lorsque quelqu’un t’avait trouvée dans la rue, chaton terrifié sous les autos en stationnement.

Quant à nous, c’est à la providentielle SPA que nous devons le bonheur de t’avoir adoptée. Nous étions au milieu de tous ces chats et chatons et c’est toi qui nous a choisis. Tu avais tellement envie de vivre ta nouvelle chance que tu as vaincu le coryza et d’autres problèmes. Ces débuts difficiles avaient fait de toi une minette stressée dont nous étions les uniques bénéficiaires de ta totale confiance.

Il a fallu se résigner à te laisser partir parce que tu étais au sens littéral à bout de souffle, ce samedi matin dans cette clinique où nous sommes restés jusqu’au dernier instant avant de te ramener à la maison, ta maison où je crois que tu as eu une belle vie de chat.

Vivre avec toi a été une chance, un privilège. Il existe des millions de chats, mais chacun est unique et irremplaçable. Tu m’as appris cela et tant d’autres choses… sur toi comme sur moi-même. Aucune forme de spiritualité, aucun système philosophique n’ont été capables de m’aider comme tu l’as fait à essayer d’être au monde, tu peux en être sûre, ma Linette.

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