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11 septembre 2026

11 septembre 2001 / Annie Ernaux et la commodité du « on »

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« Je est un autre » mais qui est « on » ? La littérature, surtout dans le domaine de la fiction, n'en finira jamais avec cette question qui est une fois de plus venue me tourmenter à la lecture d'un bout de citation d'Annie Ernaux en ce moment en circulation sur le réseau social. Il s'agit d'un court extrait de son livre Les Années, tiré de quelques pages évoquant le 11 septembre 2001, des propos dont la nature, le fond et la forme ramènent immédiatement à l'esprit ceux de Virginie Despentes concernant en particulier l'attentat contre Charlie Hebdo.

On lit, on est choqué et si l'on n'apprécie pas ces deux auteures, on en a que plus envie de les citer pour dénoncer chaque fois que cela sera possible leur duplicité. Leurs déclarations respectives sont si ambiguës, scandaleuses et grossièrement provocatrices, que la tâche semble facile. Illusion. Tout leur discours se construit sur le double langage, notamment de la part d'Ernaux qui, bien à l'abri du « on »  de sa narration, permet à ses plus béats zélateurs de l'exonérer de tout compte à rendre sous prétexte que telle ou telle citation serait tronquée, sortie de son contexte ou à mettre au compte de la seule littérature alors qu'il s'agit d'idéologie. 

Pour habile que soit le procédé et efficace la rhétorique, seuls ceux qui ne veulent pas voir ce qu'ils voient et ne pas lire ce qu'ils lisent peuvent trouver matière à défendre l'indéfendable au moyen d'argumentations tortueuses à seule fin de légitimer ce qui n'est que l'expression de la haine et du ressentiment caractéristiques des éternels déçus du grand soir qu'ils ne verront jamais. 

Ernaux, Despentes et tant d'autres de cette gauche et de cette extrême gauche frustrées en conçoivent une telle fureur que malgré leurs feintes et leurs arguties, ils peinent à voiler leur joie mauvaise face au spectacle de la guerre menée contre cet Occident qu'ils exècrent alors que celui-ci, par un des nombreux effets de sa décadence, s'obstine à flatter et à promouvoir ses ennemis. Ernaux en fait partie mais ne prend guère la peine de s'expliquer sur ce qu'elle a écrit à propos du 11 septembre dans Les Années, laissant cette tâche délicate à la phalange la plus fanatique de son lectorat  au moyen des procédés que j'ai précédemment décrits.

Pour qui aurait un doute sur le caractère abusivement qualifié de « tronqué » ou « sorti du contexte » de la citation de ses propos circulant actuellement sur Facebook, il suffit d'aller vérifier dans l'édition de poche Folio à partir de la page 219. On verra ainsi encore  pire que ce qu'on a lu sur internet : « Il serait temps ensuite d'avoir de la compassion et de penser aux conséquences. » (page 220).

05 septembre 2026

Vient de paraître :

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Une nouvelle édition reliée de mon roman L’enfant qui n’inquiétait pas les oiseaux (format plus grand que l’édition brochée parue en février dernier et couverture rigide).

Puisque c’est moi qui gère le petit effort de promotion sur le plan local (la zone d’Oyonnax et sa région), les demandes d’exemplaires de service de presse pour ce secteur doivent m’être adressées directement en m’envoyant un mail à contact.ccottetemard@yahoo.fr

Résumé de quatrième de couverture :

« Une enfance provinciale dans les années 1960 à Oyonnax, la cité du peigne, de la lunetterie et des matières plastiques, celle de Till avec son ange gardien, le vieux Christiansen, qui roule en cyclomoteur et qui ouvre les coffres-forts ! » (Communication Salon du livre de Nantua)

« Un roman débordant de tendresse, de fantaisie et d'humour. Un livre qui offre un grand bol d'air frais tout droit venu des forêts de l'Ain et du Jura. » (Club cigare info)

 

02 septembre 2026

Conseils aux écrivains allergiques à la rentrée

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L’odeur de l’encre fraîche vous évoque plus votre entrée au cours préparatoire que la réception de vos premiers exemplaires d’auteur. Les jurys littéraires embusqués derrière leurs piles de livres vous suggèrent la distribution des prix où vous faisiez de la figuration. Le jeune romancier débutant vous rappelle la face de lune du premier de la classe et le vieux débutant le rictus de caïman de votre plus sadique instituteur. Le passage à la télé ravive le souvenir cuisant de l’appel au tableau et la séance de dédicace réveille la hantise du cahier à rendre signé. Pas de doute, vous êtes un grand traumatisé.

Vous n’aimez pas la rentrée ? Moi non plus. Dès ma première heure de classe maternelle, j’ai tout de suite compris que je préférerai toujours la sortie. Plus tard, en promenade dans la berline familiale, j’ai appris à repérer les panneaux en forme de triangle qui signalent un danger, par exemple «ATTENTION ÉCOLE».

Je sais, vous êtes devenu écrivain pour éviter le syndrome du dimanche soir, pour ne plus jamais connaître la rentrée, et voilà qu’on vous colle la rentrée littéraire. Pire, comme si la rentrée d’automne ne suffisait pas, on vous en prévoit une autre alors que le printemps n’a pas encore pointé son premier pissenlit. Les commerciaux de l’édition envisagent même de développer le concept d’une troisième rentrée qui serait bien pratique au début de l’été, à la veille des grandes vacances — en vérité de plus en plus en plus courtes — pour jeter quelques pavés supplémentaires sur les plages et dans la mare aux canards. Bientôt trois rentrées littéraires par an... Heureusement que l’Éducation Nationale ne suit pas le mouvement. Quand même, le monde devient moche.

J’en arrive à me demander si tout ce cirque autour de la rentrée ne témoigne pas d’un complot visant à dégoûter les gens de prendre des vacances, et particulièrement les écrivains qui aiment en prendre de très longues. Non, contrairement à ce que tout le monde semble murmurer dans mon dos, je ne suis pas paranoïaque. Je remarque simplement que ma boîte aux lettres se remplit de prospectus débordant de photos d’individus dynamiques et sveltes aux visages fendus de sourires carnassiers — que dis-je, omnivores — annonçant la rentrée au moment précis où je songe à boucler ma besace de plage ou mon sac tyrolien. À voir tous ces pépés tondeurs, mémés rotofileuses, papas perceurs, mamans visseuses et leur progéniture dopée aux devoirs de vacances, on finirait par croire que la retraite, la RTT, le week-end et les congés scolaires relèvent de la mauvaise hygiène de vie. Bienvenue dans la fourmilière.

Selon l’écrivain que vous êtes, les solutions pour échapper à la rentrée diffèrent. Si la gloire et la fortune transforment votre rentrée littéraire en un épuisant jeu de cache-cache avec vos admirateurs les plus fanatiques, achetez un dixième de Patagonie et commandez vite la clôture en promotion chez www.jebricoleàn’importequelleheuresiçameplaît.com. Si vous n’avez jamais rien publié et que vous écrivez toujours, c’est très bien, continuez ainsi, ne changez rien. S’éditer soi-même fournit aussi un bon moyen de ne pas être concerné par la rentrée littéraire. Lorsque j’ai voulu tenter l’expérience, encore dans les limbes de l’adolescence, cela m’a fait tout drôle de voir rappliquer dans ma cour un camion, lequel, au terme d’une manœuvre délicate suivie d’un éternuement de frein, a expulsé de sa cabine un costaud bougon brandissant un bon de livraison : « j’ai une palette au nom de Cottet-Emard, ouais, des bouquins. » Et le transporteur de s’esclaffer : « ben vous, quand vous lisez, vous faites pas semblant ! On la met où, la palette ? Là ? Dehors ou dans le garage ? » J’ai signé le bon et j’ai dit que j’allais me débrouiller avec les cartons. Le costaud et son camion se sont évaporés dans un nuage de gaz. J’ai regardé la palette et j’ai compris que l’arrivée de 1500 exemplaires d’un livre débarquant à domicile à l’heure du petit déjeuner pouvait susciter une saine remise en question de certaines vues de l’esprit. Cette rentrée-là, je m’en souviens encore.

Si l’expérience vous tente, commandez plutôt dix exemplaires à votre imprimante et allez vite vous réconcilier avec votre éditeur. D’autant qu’à bien y réfléchir, la rentrée littéraire, avec ses palettes, ses cartons, ses offices et ses retours, c’est son problème et celui des libraires. Vous le savez bien, dans ce métier d’auteur, vous n’existez qu’à dix pour cent, alors vous pouvez vous permettre de sécher.

(46ème épisode paru dans le Magazine des livres n°12, octobre/novembre 2008)

TU ÉCRIS TOUJOURS ? (FEUILLETON D’UN ÉCRIVAIN DE CAMPAGNE). Précédents épisodes parus en volume aux éditions Le Pont du Change à Lyon (qui ont cessé leurs activités). Une nouvelle édition augmentée reprenant l'intégrale de ces chroniques humoristiques est sortie en 2023. Pour les personnes d'Oyonnax et sa région, On peut commander ce livre à la librairie Buffet d'Oyonnax, au kiosque de l'hôpital d'Oyonnax ou en me contactant directement à contact.ccottetemard@yahoo.fr

Vignette : Une couverture de l'ancien Magazine des livres où paraissaient mes chroniques.