03 juillet 2026
Hommage : Jean-Louis Jacquier-Roux (1947-2026)
Jean-Louis après l'apéro littéraire du vendredi 6 mars 2015 à la médiathèque municipale d'Oyonnax
Poète, essayiste, nouvelliste et critique littéraire, grand connaisseur et amoureux de l'Italie, pays dont l'art lui a inspiré plusieurs de ses excellents livres, Jean-Louis Jacquier-Roux a joué un rôle déterminant dans la renaissance de la bibliothèque municipale d’Oyonnax en la dirigeant à la fin des années 70 jusqu’au début des années 80. Avant de devenir la belle médiathèque que les usagers du centre culturel Aragon fréquentent aujourd’hui, la bibliothèque était située dans des locaux anciens du centre d’Oyonnax, rue Michelet.

Jean-Louis dans les anciens locaux de la bibliothèque d'Oyonnax, rue Michelet, derrière sa montagne magique... de livres ! (Photo Serge Faivre)
C’est là que j’ai fait la connaissance de l'écrivain, alors bibliothécaire en cette année 1978, lorsque que je me préparais à publier mon premier recueil de poèmes. Ne connaissant pas grand-chose au monde de l’édition à cette époque, j'ai toujours trouvé en Jean-Louis un interlocuteur compétent, attentif, disponible, chaleureux et de très bon conseil.
Un des temps forts de ses fructueuses initiatives à Oyonnax a été l’invitation en 1981 du grand poète et éditeur Pierre Seghers qui s’est entretenu avec les lecteurs de la bibliothèque et les professeurs et lycéens du lycée Paul Painlevé.
La dernière fois que j'ai revu Jean-Louis Jacquier-Roux remonte au vendredi 6 mars 2015. La médiathèque municipale d’Oyonnax nous avait conviés à participer à une rencontre ponctuée de présentations de nos livres et de lectures de nos poèmes.
Plusieurs livres de Jean-Louis Jacquier-Roux sont en rayon à la médiathèque municipale d'Oyonnax. L'un d'eux, un recueil de poèmes intitulé En Italie, dont je suis le préfacier, comporte en frontispice une encre de l'artiste Pierre Béjoint. En quatrième de couverture, un bref extrait du recueil résume bien l'art de la miniature de Jean-Louis : « Missiano / Pêcher en fleur / cerné de noir / Petite île d'impatience » .
Les obsèques religieuses de Jean-Louis, décédé le 2 juillet 2026 à l'âge de 79 ans, auront lieu jeudi 9 juillet 2026 à 9H30 en l'église de Perrecy-les-Forges (71) suivies de l'inhumation au cimetière de Perrecy-les-Forges, à l'issue de laquelle sera proposé un pot à la salle paroissiale.


17:40 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean-louis jacquier-roux, littérature, poésie, hommage, médiathèque oyonnax, centre culturel aragon oyonnax, blog littéraire de christian cottet-emard, ain, bugey, oyonnax, rhône alpes
03 février 2025
Hommage / Anne-Noëlle Kress Perret (1978-2025)

Parmi la foule impressionnante réunie dans l’abbatiale Saint Michel de Nantua lors des funérailles d’Anne-Noëlle trop tôt disparue à l’âge de quarante-sept ans, je pensais à tous les précieux moments de musique qu’elle offrit au public et auxquels moi et mon épouse eûmes la chance d’assister.
Je ne reviendrai pas sur les qualités humaines d’Anne-Noëlle car tout cela fut dit et bien dit ce samedi devant tout ce monde venu lui dire au revoir.
Ce fut à l’époque où ma fille étudiait l’orgue dans la classe de Véronique Rougier que j’eus le plaisir de croiser Anne-Noëlle et que je pris la mesure de son talent de musicienne et de l’étendue de sa culture. Agrégée de musicologie, titulaire d’une médaille d’or de piano (j’oublie certainement d’autres distinctions), Anne-Noëlle avait des goûts musicaux qui correspondaient à ce que je connaissais (un peu) de sa personnalité généreuse, discrète, subtile.
Lors d’un repas dans sa belle maison en compagnie d’amis musiciens, je la taquinai en lui expliquant mon goût immodéré pour les grandes machineries musicales de Richard Strauss, d’Edward Elgar et de Richard Wagner alors que son goût la portait vers des œuvres moins spectaculaires !
Le souvenir très précis me restera de ses interprétations des musiques qu’elle aimait et qu’elle servait si bien à la tribune de l’orgue Nicolas-Antoine Lété de l’abbatiale de Nantua, en particulier le répertoire français des dix-septième et dix-huitième siècles (Jacques Boyvin, Jean-François Dandrieu, Louis-Claude Daquin (dont elle interprétait les merveilleux Noëls avec grâce et ferveur) et Johann-Sebastian Bach, — j’ai encore en tête son interprétation du choral « Sur les rives des fleuves de Babylone »).
Elle jouait aussi avec bonheur de la musique plus ancienne (Jan Pieterszoon Sweelinck) sans pour autant négliger le romantisme (Felix Mendelssohn). Je me souviens aussi de l’avoir écoutée jouer un prélude du compositeur contemporain Jean-Pierre Leguay.
Comme toutes les personnes qui se mettent au service de la beauté en la partageant avec les autres, Anne-Noëlle restera dans la mémoire de celles et ceux qui eurent le privilège de la côtoyer.
11:07 Publié dans Hommages, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anne-noëlle kress perret, orgue, musique, paroisse
18 août 2024
Hommage / Roland Tixier (1946-samedi 17 août 2024)
Roland Tixier. Chaque fois l'éternité
Un mystère Tixier ? Je finirais par le croire. Depuis le temps, comment fait-il pour ne jamais me lasser de l’instant, de la sensation, des cinq lignes par page (je n’ose même pas écrire des cinq vers par page parce qu’il ne prend aucune posture de poète). Il faut pourtant compter Roland Tixier au registre de la poésie, même s’il ne presse pas la langue française comme un citron, même s’il ne la déconstruit pas, même s’il ne la tortille pas dans tous les sens. Se contente-t-il d’un sujet, d’un verbe et d’un complément ? Pas forcément. Souvent, l’énumération suffit. Moins de vingt mots et voici réunis le clair et l’obscur, l’espace et le confinement, le mouvement et l’immobilité dans cet extrait d'un recueil aussi bref que son titre est immense, Chaque fois l'éternité :
La nuit
la veilleuse mauve
les vitres froides
la lumière des gares
où l’on ne s’arrête pas
Poète voyageur Roland Tixier ? Dans le temps un peu, dans l’espace pas beaucoup plus. Le temps d’un voyage d’enfance entre le bitume et le talus, le temps de glisser entre des pages un fragment d’été à la campagne au milieu du vingtième siècle, le temps d’un battement de paupières pendant lequel un monde a succédé à un autre. Comment dire ? Chaque fois l’éternité, évidemment. (Texte extrait de mon recueil d'essais En lisant).
Christian Cottet-Emard
Un de mes articles sur Roland Tixier :
Un piéton de Villeurbanne

Roland Tixier, Simples choses, (postface de Nicole Vidal-Chich) éditions Le Pont du Change, 161 rue Paul Bert, 69003 Lyon. 80 p, 13 €. 2009. Port gratuit.
Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et peut-être d’autres confins de ce qu’on appelle le Grand Lyon ont leur poète. Il s’appelle Roland Tixier, marche beaucoup et accorde son pas au rythme de visions fugitives (« n’être autre que ces pas / d’une rue à l’autre / quelques instants insaisissables »). Il en naîtrait presque une moderne épopée, depuis tant de recueils publiés par ce maître de la notation brève, dans le style des haïkus urbains, si ce promeneur ne se souciait comme d’une guigne de jouer le passant considérable.
Ainsi, dans son dernier opus intitulé Simples choses, Roland Tixier persiste-t-il à se fondre dans le paysage urbain ou semi-urbain (« je pars je me fonds / dans le gris léger / à l’est du périphérique ») que nous avons vite fait de juger inhumain alors qu’il est justement chargé d’humanité. Le quai, le square, le bus, le quartier, le bureau de poste, le banc, la gare, le trottoir, le parking, la banlieue, le supermarché, la supérette que les discours convenus relèguent souvent dans un pluriel hostile et lointain retrouvent leur singulier lorsque le poète piéton les nomme. Tel est un des pouvoirs de la poésie. La vie qui semblait vouée à se dissoudre dans l’anonymat des mornes et rectilignes perspectives des « grands ensembles » regagne alors sa dimension quotidienne et individuelle avec ses présences saisissantes (« clochard ravagé / peu de vie dans son caddie / de supermarché »), intenses (« elle au volant il l’embrasse / garée à la diable / warning allumé ») rassurantes (« bonheur d’une journée / être près de vous debout / sur ce quai de bus ») souriantes (« trois pigeons devant la mairie / picorent les grains de riz / lendemain de mariage »). En trois lignes, le collectionneur de « simples choses » peut nous emmener loin (« amoureux perdus / sur le chemin de halage / matinée de brume ») ou restreindre le cadre jusqu’à nous faire éprouver la sensation physique de l’enfermement (« loin de ses repères / petit merle apeuré / entre les haies d’automobiles »).
Lorsqu’il consent à se mettre en scène, c’est à la façon, fugace, d’un Alfred Hitchcock dans les premières images de ses films et l’on se surprendrait presque à s’exclamer : « Tu as vu, au début de ce poème, le type qui monte dans le bus ? C’est Roland Tixier ! » . Mais ce passant de la « bienheureuse marche » au pas aussi léger que son sac à dos peut très bien être vous et moi parce que l’auteur de ce livre nous prend vraiment en sympathie (« ah ! mes compagnons de bus / bonheur d’être près de vous / logé à la même enseigne »).
Christian Cottet-Emard
La réponse de Roland à cet article :
Merci Christian pour ton attention et ta bienveillance.
Grâce à toi, je mesure un peu plus le sens de mon propos,
comme si mon écriture me parlait à moi-même. Ton sentiment fait effet de révélateur. Merci.
Le fait de tant marcher m'exclurait-il du club des Pantouflards? Que j'ai lu pourtant,en son temps, avec bonheur.
Peut-être en novembre, dans le Grand Lyon, à Bellecour?
Amicalement,
Roland
La dernière fois que j'ai vu Roland, en sortant de notre lecture commune à la médiathèque de la Part-Dieu à Lyon voici une dizaine d'années :
De gauche à droite :
Roland Tixier, Christian Cottet-Emard, Frédérick Houdaer, Jean-Jacques Nuel, Patrick Dubost
14:12 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roland tixier, poète, littérature, blog littéraire de christian cottet-emard, lyon, villeurbanne, vaulx-en-velin, promenade, marche, poésie urbaine, passant, piéton, hommage, médiathèque part-dieu lyon





























