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08 août 2019

Au parc

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Nos autos rôdent autour du parc et le grignotent en ronronnant mais à l’inverse du dompteur qui retient ses fauves, nous n’avons pas de fouets à leur claquer au nez. Aussi s’approchent-elles de plus en plus près, comme si elles seules détenaient le privilège du mouvement.

 

Au parc, la certitude paradoxale de se sentir chez soi au beau milieu d’un lieu public exhume de nos mémoires des nostalgies de vagabond. Aucun territoire ne nous appartient et ne se dérobe comme ce lieu d’heures lentes où fontaines, grilles et kiosques nous aident à mettre le temps entre parenthèses.

 

La ville alentour copie des pages d’Histoire de plus en plus difficiles et laisse la marge à des clochards de plus en plus jeunes. Au coin d’une allée, nous observons l’un d’eux que nous ne voulons pourtant pas voir, le temps d’une halte sur notre banc quotidien.

 

En ce décor où cohabitent riens des villes et riens des champs, jeunes et vieux se rejoignent dans l’œil du cyclone. Tout près, surviennent des choses graves et complexes alors qu’ici, l’instant est suspendu.

 

Extrait de mon recueil de proses courtes L'inventaire des fétiches, © Éditions Orage-Lagune-Express, 1988. Droits réservés.

(Photo CC-E)

Au parc

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Nos autos rôdent autour du parc et le grignotent en ronronnant mais à l’inverse du dompteur qui retient ses fauves, nous n’avons pas de fouets à leur claquer au nez. Aussi s’approchent-elles de plus en plus près, comme si elles seules détenaient le privilège du mouvement.

 

Au parc, la certitude paradoxale de se sentir chez soi au beau milieu d’un lieu public exhume de nos mémoires des nostalgies de vagabond. Aucun territoire ne nous appartient et ne se dérobe comme ce lieu d’heures lentes où fontaines, grilles et kiosques nous aident à mettre le temps entre parenthèses.

 

La ville alentour copie des pages d’Histoire de plus en plus difficiles et laisse la marge à des clochards de plus en plus jeunes. Au coin d’une allée, nous observons l’un d’eux que nous ne voulons pourtant pas voir, le temps d’une halte sur notre banc quotidien.

 

En ce décor où cohabitent riens des villes et riens des champs, jeunes et vieux se rejoignent dans l’œil du cyclone. Tout près, surviennent des choses graves et complexes alors qu’ici, l’instant est suspendu.

 

Extrait de mon recueil de proses courtes L'inventaire des fétiches, © Éditions Orage-Lagune-Express, 1988. Droits réservés.

(Photo CC-E)

06 août 2019

À ciel ouvert

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Enfants, la conscience de notre disproportion au monde nous pousse à rêver d’habiter les lieux les plus saugrenus. Qui n’a pas réajusté l’univers à sa dimension en construisant des cabanes, en aménageant des placards et même en s’appropriant un gros arbre creux ?

 

Précaires, rien de ce qui abrite, recouvre, englobe, recèle, en un mot embrasse, n’a échappé à notre élan de conquête. Corolles de tulipes, trous de grillons, coquilles désertées, bauges de sangliers ou caves moussues, tout nous fut recoin de ciel, surtout le grenier craquant de soleil sous la tuile tiédie comme un lézard de pierre.

 

Ne nous arrive-t-il pas de surprendre de temps à autres, nos proches dans les endroits les plus extravagants ? Adultes, nous nous plaisons par exemple, sous prétexte de vérifier la toiture de la maison, à recoller les lambeaux de nos ciels enfantins en dérangeant au détour d’une cheminée notre vieux chat secret chasseur de pipistrelles.

 

L’impossibilité d’habiter nos lieux d’enfance nous conduit cependant à les visiter assidûment. De ces espaces refusés à l’ordinaire des jours, le toit est le plus fréquenté. On raconte ainsi que le grand-père du peintre Marc Chagall s’y réfugiait pour jouer du violon en paix. Voilà pourquoi Chagall a souvent peint dans ses toiles un violoniste sur le toit.

 

Extrait de mon recueil de proses courtes L'inventaire des fétiches, © Éditions Orage-Lagune-Express, 1988. Droits réservés.

Tableau : Le violoniste bleu, Marc Chagall.