21 octobre 2013
Carnet du difficile retour : au secours, Fernando !
Depuis que je suis revenu de Lisbonne (contrairement à l’avion qui s’est posé sans problème, mon atterrissage est difficile) j’ai du mal à retrouver l’Ain et le Jura, ces deux départements aux confins desquels j'habite. Longtemps, le retour a fait pour moi partie des plaisirs du voyage. Ce n’est plus le cas désormais, semble-t-il.
Chaque jour, je me heurte à des détails piteux qui révèlent crûment l’atmosphère confinée de ces provinces et de ces bourgades : les routes balisées de rubans de plastique aux couleurs d’une course de vélo pendouillant des semaines après l’épreuve, les rues et les vitrines au garde à vous dans l’uniforme bicolore des tapeurs de ballon, les panneaux commémoratifs, informatifs et autres potences électroniques proliférant dans une hystérie d’affichage inversement proportionnelle à la vérité et à la qualité du discours et qui, en prime, défigure et confisque l’espace public.
Partout la communication qui remplace l’information, « la com » comme ils disent, avec ses valets payés pour énumérer sur une grotesque panoplie de drapeaux et de fanions accrochés à tous les carrefours et giratoires les qualités qu’une ville proche de chez moi n’a précisément pas...
J’en deviendrais presque nostalgique de la bonne vieille langue de bois qui vise à la rétention d’information face à celle qui lui succède aujourd’hui et qui tend non plus à retenir cette information mais au contraire à la déverser pour y ensevelir ses destinataires.
À qui éprouve un malaise diffus devant ce déballage sans trop savoir l’analyser ou en avoir le temps, un conseil : lire de la poésie, le seul antidote au lent poison de la fausse parole qui s’élabore, s’écrit, s’imprime et s’affiche sur d’onéreux supports agrémentés d’images léchées au frais du contribuable. Je ne dis pas que cela peut conduire au Grand Soir mais au moins réconforter celles et ceux qui veulent encore garder les yeux ouverts.
Au secours, Fernando !
01:37 Publié dans carnet | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carnet, journal, note, retour, voyage, blog littéraire de christian cottet-emard, langue de bois, fausse parole, propagande, poésie, antidote, communication, com, affiche, panneau, ballon, sport, épreuve, match, course cycliste, compétition, mensonge, bourrage de crâne, fernando pessoa
06 octobre 2013
Hello, monsieur Pessoa !
Lisbonne, octobre 2013.L


Ci-dessus, statue de Fernando Pessoa au café A Brasileira.
15:15 Publié dans Photo, Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : fernando pessoa, christian cottet-emard, lisbonne, portugal, voyage, lusitania, blog littéraire de christian cottet-emard, photo, tourisme, poésie, littérature
23 novembre 2010
Chemins d'eaux basses
Lido, Pellestrina, littoral... Le bus secoue ses tôles sur une bande de terre qui porte à peine la route au-dessus de la mer. En fin de matinée, j'ai pris le bateau-mouche numéro quatre de Venise au Lido, l'autobus numéro onze du Lido à Pellestrina, lequel tas de ferraille a franchi sur un bac la passe de Malamocco. À Pellestrina, le bus m'a planté au bout de la route, au bout de la digue.
Personne sous le ciel vert.
L'attente d'un hypothétique motobatello ou de quelque motonave s'oublie en un regard vers le disque laiteux du soleil lagunaire. Pellestrina derrière, découpe sa silhouette de village étranger à la terre. D'un côté le grand large, de l'autre la lagune et ses chemins d'eaux basses.
Et si le motonave n'arrivait pas ? Cela aurait-il de l'importance ? Un rendez-vous manqué avec quiconque en cet archipel de ruines peut-il peser dans la vie d'un garçon comme moi ?
(Extrait retrouvé d'un carnet de voyage à Venise en avril 1979, date à laquelle la photo a été prise avec un petit instamatic).
© Éditions Orage-Lagune-Express.
00:19 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : venise, lido, pellestrina, lagune, carnet, voyage, christian cottet-emard, motonave, motobatello, malamocco, italie





























