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22 janvier 2019

Carnet / L'auto-édition en débat

carnet,note,journal,édition,parution,publication,auto-édition,presse,le figaro,rentrée littéraire,michel houellebecq,blog littéraire de christian cottet-emard,roman,premier roman,primo-romancier,librairies,surproduction éditoriale,trésorerie,christian cottet-emard,franchir le rubiconMa note du 10 janvier dans laquelle j’avoue être tenté par l’auto-édition de certains de mes prochains livres m’ayant valu quelques commentaires étonnés ou désapprobateurs (pourquoi le sujet suscite-il tant de crispation ?), je remets en ligne sur ce blog, en vrac, mes réponses dispersées sur le réseau social.

 

Opposer les deux systèmes (édition classique et auto-édition) n’a guère de sens. Je trouve que les deux peuvent être complémentaires pour les auteurs.   

 

En ce qui concerne l’édition classique, je précise qu’il n’est pas dans mon propos de dénigrer le travail des éditeurs, petits et grands mais d’attirer l’attention sur ce qui rend le circuit habituel de moins en moins attirant lorsqu'on veut publier. Pour plus de précisions techniques sur ce dernier point, je renvoie au très intéressant témoignage d’un éditeur qu’on peut lire sur Facebook.

 

À propos de la qualité littéraire   

 

Je ne pense pas que les éditeurs soient les seuls garants de la qualité littéraire, ce qu’ils affirment parfois avec solennité parce qu’ils sentent qu’une partie de leur pouvoir leur échappe lorsque les auteurs s’efforcent de reprendre un peu la main sur leur création grâce aux nouveaux outils de l’auto-édition.

 

La qualité littéraire est une notion bien subjective. L’exemple des rapports entre un écrivain comme Raymond Carver et l’éditeur qui lui a apporté le succès en témoigne. Cet éditeur est massivement intervenu sur de nombreuses nouvelles de Carver en les allégeant, en les élaguant, en les rabotant littéralement, parfois au grand désespoir de Carver (il existe une correspondance à ce sujet). Finalement, la publication de ces nouvelles dans la version de l’éditeur a contribué à créer dans le grand public l’image d’un Carver champion de la ligne claire et de la concision. On sait maintenant qu’il s’agissait d’un mythe grâce à la publication simultanée des versions retaillées par l’éditeur et des originaux de Carver au style beaucoup plus touffu et aux développements beaucoup plus importants.

 

De l’idée que je me fais de la qualité littéraire, celle-ci est pour moi beaucoup plus présente dans les originaux de Carver que dans le rewriting de son éditeur. Question de goût personnel, donc. Si Raymond Carver avait eu accès aux possibilités qu’offre aujourd’hui l’auto-édition, il n’aurait peut-être pas souffert des modifications qui lui furent imposées sans ménagement mais peut-être aurait-il aussi été privé de son considérable succès commercial dans les dernières années de sa courte vie.

 

Sur l’aspect technique de l’auto-édition

 

Il est vrai que beaucoup de compétences techniques en de nombreux domaines sont requises pour parvenir à un résultat professionnel, ce qui n’est pas forcément compatible avec la disponibilité et le travail que demande l’écriture. On peut se faire aider pour cela. Il existe différents prestataires en ligne qui proposent des solutions d’impression à la demande. La plus efficace et la plus fiable est à mon avis celle d’Amazon quoiqu’on puisse penser en bien ou en mal de ce géant commercial.

 

La promotion sur les réseaux sociaux

 

Je pense que les réseaux sociaux sont de bons outils, non pas pour « se faire sa petite gloire personnelle » comme on en fait le reproche à ceux qui s’efforcent de les utiliser intelligemment mais pour faire de la promotion, ce qui n’est honteux ni pour un éditeur ni pour un auteur auto-édité.

 

Sujet sensible : la diffusion

 

L’argument de l’éditeur « qui se charge de la diffusion » revient toujours lorsqu’il s’agit de dénigrer l’auto-édition. Oui, il s’en charge mais pas longtemps dans le cas fréquent du primo-romancier qui a des difficultés au démarrage. Comme les chiffres cités dans mon article du 10 janvier en témoignent, les bataillons d’inconnus publiés par l’édition classique dans le contexte de surproduction des rentrées littéraires cessent rapidement d’être diffusés et distribués.

 

On en retrouve parfois dans les salons du livre en province avec des piles d’ouvrages qu’ils doivent gérer eux-mêmes. Dans ces cas déprimants, l’éditeur n’a pas forcément les moyens, le temps voire l’envie d’accorder de nouvelles chances, de travailler dans la durée ainsi que cela arrivait encore il y a bien longtemps, à une époque où un auteur finissait parfois par émerger au bout de trois, quatre, cinq, six livres ou plus.

 

Dans un tel contexte, mieux vaut une auto-édition bien menée chez un prestataire solide, ce qui permet à l’auteur d’éviter la blessure narcissique, de se confronter à la réalité du marché du livre, de ne pas devoir attendre un ou deux ans entre la signature de son contrat et la publication et, cerise sur le gâteau, de rester propriétaire de ses droits. Sur ce dernier point, je peux témoigner qu’il est désagréable de se retrouver avec un livre captif dont l’éditeur ne s’occupe plus, mésaventure évidemment impossible dans l’auto-édition.

 

10 janvier 2019

Auto-édition : pourquoi franchir le Rubicon ?

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Malgré la parution de mes livres grâce à de petites maisons attentives qui m’ont donné toute satisfaction, j’aimerais beaucoup entreprendre l’auto-édition de certains de mes prochains ouvrages, c’est-à-dire maîtriser entièrement seul la totalité du processus de publication avec les récents outils spécialement créés à cet effet.

De plus en plus d’auteurs tentent de sauter discrètement le pas, y compris certains publiés par de grandes enseignes au prestige souvent inversement proportionnel à leurs résultats. Certes, les tirages et les ventes des best-sellers font-ils encore illusion dans le grand public mais pour quelques stars qui font vivre leurs éditeurs et entretiennent le mythe, combien de centaines d’auteur(e)s en contrat classique désormais en-dessous du seuil de rentabilité commerciale dans ce système au bord de l’asphyxie ?

Sans vouloir me répéter dans l’analyse de ce problème, les seuls chiffres de la rentrée littéraire de janvier communiqués par le Figaro parlent d’eux-mêmes : 336 romans en publication dont 77 premiers romans censés (en théorie) trouver leur place sur les tables des librairies, ces dernières n’ayant que quelques semaines pour absorber cette vague, laquelle ayant à peine déferlé sera rapidement et massivement suivie par celle de la rentrée de printemps ou d’été. On ne sait même plus comment nommer ces rentrées successives tant elles finissent par se rapprocher les unes des autres.

Qui aura le temps d’acheter et de lire tout cela avant la prochaine submersion ? C'est tout bonnement impossible. Et je ne parle pas du prix des nouveautés (dans les 20 €) alors que de plus en plus en plus de monde se fournit en occasion et en éditions de poche.

Sans pour autant se plaindre de l’abondance, il n’est pas difficile de comprendre qu’après avoir sorti sans trop barguigner ses 22 € pour Sérotonine, le client ne sera pas forcément disposé à débourser un autre billet en règlement d’un des 77 premiers romans proposés dans la même période que le septième du chevronné Michel Houellebecq, d’autant que parmi ces primo-romanciers dont certains sont complètement inconnus, beaucoup sont par avance voués à voir leurs livres retournés aux éditeurs à peine déballés puis pilonnés.

Il faut chercher les raisons de l’absurdité apparente de cette spirale de surproduction dans les logiques comptables liées aux impérieux besoins de trésorerie à court terme des éditeurs. Cela se joue dans la diffusion / distribution. Bien que légales, ces pratiques longtemps reléguées à la peu glamour arrière-cuisine financière du monde de l’édition finissent par apparaître au grand jour comme c’est toujours le cas lorsqu’une crise grave affecte un système entrant dans sa fin. Les perdants de plus en plus nombreux en exposent plus volontiers les errements et du coup, le système devient beaucoup moins attractif ! Nombre d'auteurs ne prennent même plus la peine de soumettre leurs ouvrages aux comités de lecture et préfèrent s'éditer eux-mêmes en passant par les services de publication individuelle aux logistiques les plus puissantes et les plus efficaces comme Amazon. 

Ainsi Alice Develey écrivait-elle dans le Figaro du 3 janvier dernier : Le monde de l’édition ressemble à s’y méprendre à un fauteuil roulant que l’on continue de pousser sans savoir quand ses pneus vont crever. Rien d’illégitime à l’envie d’en essayer un autre, longtemps vieux et bancal lui aussi mais auquel la technologie et les nouveaux médias ont donné une nouvelle jeunesse et une belle vigueur, l’auto-édition en ligne (papier et numérique) sur les plateformes les plus sérieuses et performantes.

Le seul obstacle qui m’empêche encore quant à moi de franchir le Rubicon est à mes yeux la difficulté technique mais au vu des fulgurants progrès réalisés en ce domaine en moins d’une décennie et qui conduisent aujourd’hui à une révolution aussi silencieuse que radicale dans l’édition, j’ai bon espoir d’accéder à cette liberté inédite !

 

05 novembre 2014

Centenaire de la Grande Guerre et 11 novembre à Oyonnax :

Pourquoi l’exposition Jours de Guerre 1914-1918 ne sert à rien

« Le colonel n’a plus b’soin d’brosse à dents

il a laissé sa gueule à la bataille »

- Géo Norge -

 

D’où sort-elle cette exposition Jours de Guerre 1914-1918 installée au parc René Nicod à Oyonnax?

Dans un texte introduit par une phrase boiteuse (*) qui aurait valu une heure de colle à un élève de l’école primaire de ma génération, on nous explique sur le site internet de la Ville d’Oyonnax (paragraphe « Exposition jusqu'à fin novembre ») que ces images proviennent des archives photographiques du journal Excelsior tout en précisant de manière pour le moins laconique l’existence d’un livre « dont s’inspire l’exposition » . Une recherche rapide me permet de constater qu’il s’agit certainement de Jours de guerre : 1914-1918, Les trésors des archives photographiques du journal Excelsior, de Jean-Noël Jeanneney, paru en octobre 2013 aux éditions des Arènes. Cela coûtait-il plus cher de le mentionner ? Si le livre en lui-même semble très intéressant, l’exposition constituée d’une sélection de cinquante vues sur les huit cents que contient l’ouvrage me paraît poser problème.  

Alors c’est donc cela la Grande Guerre ? pourrait se demander un  jeune devant les panneaux du parc Nicod. Des soldats qui font « salon de lecture » dans une campagne bucolique (la légende de la photo vaut son pesant de bourrage de crâne:

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« Le salon de lecture : on ne lit peut-être jamais tant qu'au front. Et peut-être jamais mieux ! Dans la forêt, tandis que gazouillent les oiseaux, il fait si bon avoir des nouvelles des civils et apprendre "qu'ils tiennent toujours" ! - Forêt de Laigue (Oise). Photographie publiée le dimanche 30 mai 1915. Photo Caudrilliers Excelsior ».)

N’est-ce donc que cela cette guerre, l’image insolite, presque poétique façon collage surréaliste, d’un aéroplane planté à la verticale sur un boulevard, des scènes de ferveur populaire, un peu de matériel malmené, de la popote, des manœuvres, des mains qui agitent des petits drapeaux, des visages de civils souriant bêtement face au décret de mobilisation générale ? 

Non bien sûr, la guerre ce n’est pas cette guerre-là, esthétisée en photos bien léchées, bien propres. La guerre, la vraie, ce n’est pas cela, parce que, en vérité, la guerre c’est toujours la même chose : les ventres ouverts, les tripes à l’air, les entrailles qui libèrent leur contenu, les têtes et les membres arrachés, les cervelles qui s’écoulent sur les nuques, la boue de cadavres où s’enfoncent les bottes, les fontaines de sang (relisons Ernst Junger, Maurice Genevoix, Jean Giono, Blaise Cendrars). Un seul vers grinçant du poète Géo Norge résume mieux la guerre à lui seul que l’exposition présentée à Oyonnax : « Le colonel n’a plus b’soin d’brosse à dents, il a laissé sa gueule à la bataille » .

Cette horreur, on ne s’étonne pas que l’exposition ne la montre pas et qu’elle soit tout juste capable de la suggérer presque à son insu. La guerre a toujours intérêt à ce qu’on la minimise, sinon, on trouverait beaucoup moins de monde pour y aller. Le pouvoir, tous les pouvoirs, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui, le savent très bien. 

La cinquantaine de photos sélectionnées (je n’ai pas vu les autres et il serait intéressant de savoir à quel niveau et sur quels critères cette sélection a été établie) sont pensées, cadrées et fixées pour éviter le sujet, pour ne pas parler de l’épouvantable ampleur du massacre qui scella le premier effondrement de la civilisation au début du vingtième siècle, suivi du second vingt ans plus tard, pour le plus grand profit des barons et capitaines d’industrie de tous bords. Si cette exposition est inutile, ce n’est pas tant parce qu’elle est composée de photos d’une presse désuète (le journal Excelsior déjà disparu en 1940) mais parce que ces photos sont livrées dans l’espace public au regard des passants sans analyse et sans autres commentaires que les légendes lénifiantes de l’époque. 

Il s’agit là d’un problème qui concerne le contexte dans lequel est placée l’exposition, celui du centenaire de la Grande Guerre qui ne donne lieu à Oyonnax qu’à des célébrations aussi pompeuses que vides de réel contenu didactique. Nous ne sommes une fois de plus que dans la communication et le folklore. L’exposition est dénuée de toute ambition pédagogique pouvant déboucher sur une vraie dénonciation de l’esprit guerrier alors qu’on voit hélas de nos jours revenir les vieilles lunes du nationalisme et du militarisme, deux maladies mortelles toujours prêtes à envahir de nouveau les esprits et qui, notons-le au passage, sont déjà à l’œuvre dans l’hystérie sportive contemporaine.     

Sur la cinquantaine de photos reproduites, à peine trois ou quatre parviennent à évoquer timidement l’horreur de la guerre, la plus explicite étant celle du mariage d’un soldat qui n’a plus de mains et dont la légende nous informe qu’il a aussi perdu la vue. Soulignons-le, cette image est la plus violente de toutes, à condition toutefois de ne pas passer trop vite devant car la scène est si bien composée qu’on ne remarque pas tout de suite la mutilation. 

Dans la majorité des autres images, la guerre est présentée comme un désordre pittoresque, parfois comme une sortie entre copains, une sorte de colonie de vacances pour maris englués dans la routine civile et familiale. Ces photos d’une presse de l’époque déjà confrontée à ses vieux démons (la mise en scène de la réalité, la langue de bois, l’inféodation à l’idéologie dominante) illustrent au moins une chose : cette volonté manifeste de ne pas décrire l’atroce réalité de la guerre ou alors, quand c’est inévitable, de manière biaisée et tendancieuse. 

Espérons au moins que cette exposition sera vue par des élèves accompagnés de leurs enseignants. S’ils font leur métier, ils pourront apprendre aux jeunes à déchiffrer ces images qui édulcorent, mentent par omission, servent la soupe patriotique. Sans ce déchiffrage, ce décodage, cette exposition restera purement anecdotique, inutile, comme le furent les kermesses commémoratives du mois de novembre de l’an dernier  qui ne donnèrent lieu à aucun recul historique, à aucune mise en perspective des enjeux économiques et idéologiques guerriers avec leurs prolongements de nos jours, à aucune réflexion sur l’abjection des guerres et sur l’impérieuse nécessité d’expliquer leur ignominie à la jeunesse. 

Sans cet ultime recours, ce sera une exposition pour rien, une gesticulation parmi d’autres, tout au plus du spectacle, de l’illustration, de l’emballage sans contenu, en un mot, de l’esbroufe dont la ville d’Oyonnax, dans sa frénésie d’affichage tous azimuts et à tous propos, abuse un peu trop souvent là où l’on se contenterait de plus de mesure, de plus de profondeur et de moins de clinquant.

Christian Cottet-Emard

(*) Erreur corrigée tout récemment sur le site d'Oyonnax. Il n'en reste plus que deux : on écrit « Les images témoignent de l'omniprésence du conflit » et créé en 1910, ce quotidien... (Note ajoutée sur ce blog le 6 novembre 2014).