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24 mars 2009

Musique des jours


La campagne me rend beaucoup plus matinal. Difficile de résister aux promesses des chemins et des sentiers qui partent derrière la maison vers les prairies et les collines. Au saut du lit, je n’ai que quelques centaines de mètres à parcourir pour gravir le petit mont en forme de pain de sucre où je vois jouer les premiers rayons du soleil depuis la fenêtre de ma chambre. 19390464355829094c3b7e443829033df84c1e0b9a020b322cd317598faee444cfb634dc.jpgLa semaine dernière, la bise a empilé des nuits claires et glaciales et des journées sèches et lumineuses. La neige récemment fondue a libéré le parfum de la blache, cette épaisseur d’herbe couchée et jaunie au grand soleil. Éclosion des anémones pulsatilles dans la cendre noire des premiers écobuages. La lumière n’oublie pas les tapis de feuilles qui craquent sous les pas.

Jeudi, j’écris « merci » sur une plaque de neige dans une poche d’ombre à l’entrée d’un grand pré bordé de murets et de taillis. Apparition d’un buisson de bois joli qu’on appelle aussi bois gentil, aussi délicieusement parfumé que brutalement toxique !

Vendredi, journée printanière et légère bise dans les sapinières odorantes. Premiers pollens des chatons de saules et de noisetiers.

Samedi après-midi, je descends à Nantua par les petites routes ensoleillées. J’ai entendu parler d’un concert de piano en l’abbatiale Saint-Michel. Je ne m’attendais pas à un moment musical d’une telle qualité avec au clavier une pianiste de vingt-cinq ans, Caroline MartyIMG_2072.jpg, qui interprète César Franck, Jean-Sébastien Bach et Franz Liszt en un pur alliage de grâce et de force, d’une densité et d’une élégance exceptionnelles pour une musicienne aussi jeune. On entend aujourd’hui beaucoup de bons pianistes qui ne sont souvent que des techniciens, y compris dans les rangs des concertistes connus. Qui aura la chance d’écouter Caroline Marty dans le prélude, choral et fugue de César Franck ne pourra oublier la profondeur et la clarté de sa lecture nous rappelant que Franck, trop souvent emprisonné dans un romantisme ténébreux, est avant tout un mélodiste. Après la musique, achat de quelques cigares de Saint-Domingue que j’arrive encore à trouver à Nantua et retour à la maison par la même route de montagne dans le cache-cache du couchant.

Le lendemain dimanche, je retourne à l’abbatiale en fin d’après-midi pour écouter les organistes  Olivier Leguay et Pierre-François Baron qui interprètent des chorals de Brahms, œuvres tardives en harmonie avec les reflets crépusculaires qui se concentrent dans les vitraux. J'imagine le vieux Brahms, avec sa bedaine et sa barbe hirsute parfumée au cigare froid, composant sur « Es ist ein ros'entsprungen » (une tendre rose a jailli d'une racine) ! Seule fausse note de cette belle journée, la malchanceuse plante grasse ramenée de Sardaigne que j’ai oubliée sur la terrasse et qui a passé la nuit dehors par moins cinq degrés. Pour elle, entre la vie et la mort, une simple vitre. Les plantes souffrent-elles ? Elles ont à tout le moins cela de commun avec les humains de périr parfois à un cheveux de ce qui pourrait les sauver.

Tard dans la nuit, je ne résiste pas à la tentation de revoir pour au moins la quatrième fois I Vitelloni de Federico Fellini, un de mes très rares films cultes. À chaque séance, je découvre un nouveau détail : par exemple, en second plan, la cliente qui entre dans la boutique de bondieuseries en déclarant « je voudrais voir un ange » !

Lundi matin, je trouve au courrier des disques parmi lesquels certaines œuvres du compositeur britannique Sir William Walton (1902-1983),chan8869_230.jpg notamment sa symphonie concertante et ses Variations sur un thème de Paul Hindemith. J’avais aussi commandé « Façade » sur des poèmes d’Edith Sitwell

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mais on m’informe que le disque est indisponible, ce qui est d’autant plus frustrant que par une recherche sur internet, je finis par trouver l’enregistrement que je cherche depuis longtemps avec les narrateurs Susana Walton (épouse du compositeur) et Richard Baker, dans l’interprétation du City of London Sinfonia dirigé par Richard Hickox. Le CD est paru le 01/09/2006 chez Chandos Records.

IMG_4318.JPGL’après-midi avec M*, nous profitons du soleil pour replanter les pivoines sauvées du récent déménagement. Des dards roses vigoureux sortent déjà des racines et j’espère que ces pivoines que nous avions déjà M* et moi ramenées voici des années du jardin de la maison perdue de mon enfance s’acclimateront une fois encore dans cette nouvelle propriété de famille.

Couché avec une légère migraine non pas due au cigare et à la Fine du Jura mais à un changement brutal de la météo à la suite duquel, ce mardi matin, j’ai ouvert les volets sur une opération commando du Général Hiver.

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Note : le portrait d'Edith Sitwell est signé du peintre Roger Fry. (Source Wikipédia)

 

16 septembre 2007

Le poète sort la cage du canari

En cet instant d’un beau septembre où tout est plus bleu que bleu où tout est plus que tout

Tu sors la cage du canari oui c’est amusant d’écrire « tu sors la cage du canari » mais attendez la suite « tu sors la cage du canari dans le jardin » et le canari a l’air de dire « comment ça se fait ? »

En temps ordinaire la cage du canari reste à la cuisine et cela fait quinze ans que ça dure

Aujourd’hui le jardin submerge le canari de la magnificence qui fait l’ordinaire des moineaux

J’écris juste à côté du canari et il se demande ce que je lui veux car il ne peut pas comprendre que je ne lui veuille que du bien comme il ne peut pas comprendre que sa cage se soit déplacée de la cuisine jusqu’au jardin sous le seul prétexte qu’en cet instant d’un beau septembre tout est plus bleu que bleu tout brille plus que ce qui brille et qu’il ne faut pas louper ça

(Ce texte va peut-être tomber un jour sous les yeux de quelqu’un qui va le trouver stupide c’est déjà arrivé stupide certes mais ni plus ni moins que le sort fait sur Terre aux vivants

C’est déjà arrivé au vieux correspondant local du quotidien qui s’est pris jadis en pleine tronche un texte de ce genre et qui a écrit « pourquoi s’abandonner à de vaines rêveries ? »

Parce que les vaines rêveries sont peut-être le sel de la vie parce qu’il n’existe réflexion faite peut-être pas grand-chose de plus intéressant que les vaines rêveries allez savoir)

À moins que le canari ait peur oui il doit avoir peur tu connais les signes de la peur chez le canari cou tendu agitation le canari est routinier et aujourd’hui en cet instant de beau septembre sa routine en prend un coup un sacré coup si l’on en croit les cloches d’un mariage que ce septembre a bien voulu choyer d’une rare lumière de fin d’été vive l’Amour7cdde6e28d5dabb15d3ddd399fed0a35.jpeg

Le canari aussi est amoureux sa chérie est la cafetière italienne sur laquelle il va se percher direct lorsqu’il sort de sa cage pendant ton petit déjeuner heureusement la cafetière a déjà refroidi et il lui tourne autour se mire dans l’inox et finit toujours par se percher sur le couvercle vive l’Amour

Vive l’Amour vive le jardin « Vive le jardin » est le nom du magasin qui vend les canaris et tout ce qui va avec et bien d’autres choses encore et voilà que parfois les jours comme aujourd’hui quand dehors vaut le détour le canari se retrouve dans le jardin « pourquoi s’abandonner à de vaines rêveries ? » se demande le vieux correspondant de la presse locale qui dodeline de la tête lorsque ce genre de texte lui tombe dessus comme dodeline de la tête le canari quand lui tombe sous les yeux ce qui fait l’ordinaire des moineaux et qui alimente la source inépuisable de tes vaines rêveries

© Orage-Lagune-Express 2007

20 septembre 2006

Note de carnet

À un moment ou à un autre, même pour le plus "classique" des écrivains, se pose ce problème : on n'ose plus employer l'expression ou le mot évidents. À cette prise de conscience, succède presque toujours une période de stérilité plus ou moins longue. Mais il faut en sortir et, après cette nécessaire parenthèse de défiance envers la langue qu'on emploie, reprendre confiance dans les mots, même (et surtout) les plus plats.