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27 août 2026

Parution début septembre : OYONNAX DANS MES LIVRES

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L'ancienne pépinière de la forêt de la Brétouze (à partir d'une photo prise par l'auteur au début des années 1980)

Avant-propos du livre

Il m’a fallu du temps pour considérer Oyonnax, où j’ai le plus longtemps vécu, comme un décor de roman aussi digne d’intérêt que ceux fournis par d’autres cités où j’ai voyagé et séjourné, certes sans commune mesure avec cette ville du Haut-Bugey, qu’il s’agisse entre autres de Venise, Rome, Florence, Lisbonne, Porto, Barcelone et Lyon. J’ai dû convoquer ce qui restait de ma mémoire d’enfant pour laisser remonter des images fugaces, en vérité des signes annonciateurs des premières manifestations de la fiction à l’œuvre dans ma conscience. Beaucoup plus tard, très exactement à l’époque où j’ai enfin réussi à équilibrer le fond et la forme dans mes écrits littéraires, vers l’âge de quarante ans, ma ville de résidence m’est alors apparue sous un autre jour. Bien sûr, il ne s’agissait pas de la décrire en vue de produire une littérature régionaliste, mais au contraire de l’intégrer à la vie et à l’expérience de mes personnages : mieux que les faire entrer dans le décor, faire entrer ce décor en eux. C’est bien ainsi qu’Oyonnax est devenue pour moi une ville littéraire, sous l’effet du regard que mes personnages de fiction portent désormais sur elle, un regard qui modifie le mien jusqu’à permettre l’émergence de lignes, de perspectives et d’horizons non pas nouveaux (puisque qu’on reste dans la banalité d’une ville de province) mais chamboulés, déformés ou mélangés comme dans un kaléidoscope. De ce fait, les lieux familiers aux lecteurs, reconnaissables et souvent cités avec précision, changent d'aspect tout en restant eux-mêmes, ainsi que cela se produit parfois dans les rêves. Les petites rues débouchent ailleurs, les passages se mélangent et se dispersent dans des labyrinthes, les squares du temps passé réapparaissent. Tout reste vrai, mais dans le désordre ou, comme on voudra, dans un ordre différent. La petite gare dort au fond de sa pendule, l’eau de la rivière (l’Ange ? le Lange ? (1) la Sarsouille ?) est fantasque comme le rire tumultueux d’une jeune fille (bien que la rivière soit toujours pareille à elle-même quel que soit son nom), les bancs publics flottent dans un bleu qui pourrait tout aussi bien être celui du ciel que celui de  la mer, le boulevard Dupuy, sous l'effet du temps, s’étire comme un élastique, des nappes de brouillard roulent sous le porche de l’église Saint-Léger et les guirlandes de Noël se rallument toutes seules dans les platanes après le jour de l’an. 

Le rôle des parcs publics dans cette redistribution de l'espace est prépondérant parce que ces lieux sont à la fois au cœur de la ville et hors d'elle, au centre des activités urbaines et pourtant isolés de celles-ci en une sorte de bulle spatio-temporelle. Calme et temps ralenti, c'est toujours ainsi que se caractérisent pour moi les parcs où j'ai flâné, y compris ceux d'Oyonnax, René Nicod et l'Oyonnalithe. Bon nombre de mes livres y sont nés alors que je me reposais sur un banc en écoutant l'eau de la fontaine aux poissons en métal peints en vert, déplacée depuis l'entrée du parc Nicod et réinstallée tout près de la rivière Sarsouille en un simple bassin où l'on a fort heureusement conservé les fameux poissons. Dans mes livres où je la mets en scène, Oyonnax peut être directement nommée ou apparaître en filigrane. Je ne m'interdis pas de changer des noms de rues, de quartiers ou de cours d'eau. 

Dans un de mes ouvrages  (absent de cette petite anthologie personnelle pour des raisons de droit éditorial), j'ai transformé le nom de la rivière Sarsouille en Salsaville. Je n'ai pas choisi ce nom par hasard, mais à la suite d'un épisode de mon ancien métier de rédacteur au quotidien Le Progrès dans les années 1980. À cette époque, les articles des journalistes étaient saisis par des secrétaires ou des clavistes souvent mises en difficulté par des écritures manuscrites, ce qui favorisait la présence de fréquentes coquilles dans les textes composés. Ainsi est née une nouvelle rivière à Oyonnax, sous les doigts de fée d'une claviste soumise comme toutes ses collègues et comme moi-même à l'obligation de travailler trop vite. Mes pattes de mouche se résumaient à quelques lignes relatant le débordement de la paisible Sarsouille. Pas étonnant qu'en franchissant ses ponts, elle se soit métamorphosée en une sautillante Salsaville  ! 

Prendre toutes sortes de libertés avec la géographie et la toponymie est un plaisir d'auteur auquel je trouverais dommage de renoncer, surtout si cela peut stimuler aussi l'imagination lors de la lecture. Par exemple, je ne m'en suis pas privé dans une nouvelle de mon recueil Mariage d'automne intitulée Rendez-vous à Pré Nuble. Le nom de ce lieu-dit proche de ma résidence jurassienne située à une petite dizaine de kilomètres d'Oyonnax est en lui-même si étrange que je l'ai conservé dans le titre, ce qui ne m'a pas empêché d'en rapprocher le décor forestier d'un paysage fluvial où apparaît une péniche que j'ai nommée par euphonie l'Avilante parce qu'au moment de la désigner, j'ai pensé à la vie lente qu'on peut mener sur ce bateau. J'avais  bien sûr aussi dans la tête le nom de la péniche du film de Jean Vigo, l'Atalante. 

Ce que j'ai confié dans cet avant-propos explique que malgré mon goût pour les voyages essentiellement touristiques, je ne suis pas un voyageur. Ainsi que je le précise au début de mon livre L'Italie promise, jamais l'illusion des lointains ne m'a taraudé. Seul m'importe le retour. Là sonne pour moi l'heure du vrai voyage, lorsque, l'hiver, j'aperçois de loin le passant des rues mornes, l'arpenteur mélancolique des dimanches soirs oyonnaxiens qui sait rêver chez lui et avec ce qu'il a sous les yeux à un ailleurs improbable parce qu'il y est obligé  !

(1) Certains oyonnaxiens sont encore partagés sur le «vrai» nom de la rivière. Ma préférence va à l'Ange.

© Éditions Orage Lagune Express, droits réservés. Une édition limitée hors commerce de ce livre est disponible pour les collectionneurs et bibliophiles (me contacter à contact.ccottetemard@yahoo.fr)

27 juillet 2026

Marie-Paule Belle (1946-2026) : une anecdote

marie-paule belle,chanson,hommage,variété,spectacle,chanson française,oyonnax,ain,haut bugey,rhône alpes,france,presse,blog littéraire de christian cottet-emard,centre culturel aragon oyonnaxUn des rares souvenirs amusants de ma brève carrière dans la presse (une dizaine d’années) fut la soirée de Marie-Paule Belle au grand théâtre du centre culturel Aragon d’Oyonnax. Après la journée entière consacrée aux inepties de l’actualité locale, je n’avais guère envie de repartir au turbin le soir, surtout pour couvrir un spectacle de variété, chanson française de surcroît, pour laquelle je n’éprouve pas beaucoup d’intérêt, à quelques exceptions près.

Marie-Paule Belle allait devenir pour moi une de ces exceptions parce que je me rendis vite compte qu’il y avait de la vraie musique et d’assez bons textes dans son programme.

Avant de le constater, je pris place sans conviction sur un des sièges réservés à la presse, près de la scène. Je sortis un de ces appareils anciens et robustes qui servaient à l’époque à photographier les matchs de ballon dans les grands stades, un équipement peu discret mais silencieux et qui permettait surtout d’éviter l’emploi du flash. Je pensais « craquer » tranquillement quelques photos et somnoler jusqu’à la fin, bien à l’abri des regards dans l’obscurité de la salle car je n’avais aucune envie de me montrer, premièrement parce que j’étais de mauvaise humeur et secondement parce que je m’étais permis d’arriver dans une tenue peu élégante encore aggravée par une barbe de trois jours qui caractérise les adeptes du style branchouille et les journaleux déprimés (j’étais ce soir-là dans la deuxième catégorie).

De toute manière, je n’aime pas apparaître mal rasé en public (j’ai d’ailleurs connu un vieux collègue qui ne venait pas travailler lorsque son rasage n’était pas parfait!), ce que je ne pouvais évidemment moi-même me permettre.

Toujours de mauvais poil, je profitai d’un enchaînement entre deux chansons pour cadrer le visage de Marie-Paule Belle. Elle aperçut l’objectif braqué sur elle et commença par me faire de grands signes depuis la scène en ajoutant : « Coucou ! Mais il est là le petit journaliste ! Il a l’air timide ! » (Je n’avais pas trente ans à l’époque). Je la vis avec effroi se déplacer dans ma direction après être descendue de scène avec l’agilité d’une gazelle. Elle s’assit alors sur mes genoux en continuant ses facéties pendant quelques instants qui me semblèrent interminables et me laissèrent pétrifiés parce que nous étions enveloppés du halo d’un puissant projecteur et qu’elle pouvait ainsi constater que « le petit journaliste » avait une barbe de détective privée en faillite, tout cela bien sûr accompagné d’un tonnerre d’applaudissements dans la salle. La chanteuse me fit une bise et finit par remonter sur scène.

La semaine qui suivit, et même un peu plus, dans la rue ou lors des réunions que je couvrais, on ne cessait de me demander « mes impressions » . J’étais devenu « le petit journaliste » sur qui la fougueuse Marie-Paule Belle s’était reposée quelques instants. Ce n’était pas pour me déplaire, mais j’ai vraiment regretté de ne pas avoir été rasé de près ce soir-là. 

03 juillet 2026

Hommage : Jean-Louis Jacquier-Roux (1947-2026)

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Jean-Louis après l'apéro littéraire du vendredi 6 mars 2015 à la médiathèque municipale d'Oyonnax

Poète, essayiste, nouvelliste et critique littéraire, grand connaisseur et amoureux de l'Italie, pays dont l'art  lui a inspiré plusieurs de ses excellents livres, Jean-Louis Jacquier-Roux a joué un rôle déterminant dans la renaissance de la bibliothèque municipale d’Oyonnax en la dirigeant à la fin des années 70 jusqu’au début des années 80. Avant de devenir la belle médiathèque que les usagers du centre culturel Aragon fréquentent aujourd’hui, la bibliothèque était située dans des locaux anciens du centre d’Oyonnax, rue Michelet.

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Jean-Louis dans les anciens locaux de la bibliothèque d'Oyonnax, rue Michelet, derrière sa montagne magique... de livres ! (Photo Serge Faivre)

C’est là que j’ai fait la connaissance de l'écrivain, alors bibliothécaire en cette année 1978, lorsque que je me préparais à publier mon premier recueil de poèmes. Ne connaissant pas grand-chose au monde de l’édition à cette époque, j'ai toujours trouvé en Jean-Louis un interlocuteur compétent, attentif, disponible,  chaleureux et de très bon conseil.

Un des temps forts de ses fructueuses initiatives à Oyonnax a été l’invitation en 1981 du grand poète et éditeur Pierre Seghers qui s’est entretenu avec les lecteurs de la bibliothèque et les professeurs et lycéens du lycée Paul Painlevé.

La dernière fois que j'ai revu Jean-Louis Jacquier-Roux remonte au vendredi 6 mars 2015. La médiathèque municipale d’Oyonnax nous avait conviés à participer à une rencontre ponctuée de présentations de nos livres et de lectures de nos poèmes.

Plusieurs livres de Jean-Louis Jacquier-Roux sont en rayon à la médiathèque municipale d'Oyonnax. L'un d'eux, un recueil de poèmes intitulé En Italie, dont je suis le préfacier, comporte en frontispice une encre de l'artiste Pierre Béjoint. En quatrième de couverture, un bref extrait du recueil résume bien l'art de la miniature de Jean-Louis : « Missiano / Pêcher en fleur / cerné de noir / Petite île d'impatience » .

Les obsèques religieuses de Jean-Louis, décédé le 2 juillet 2026 à l'âge de 79 ans, auront lieu jeudi 9 juillet 2026 à 9H30 en l'église de Perrecy-les-Forges (71) suivies de l'inhumation au cimetière de Perrecy-les-Forges, à l'issue de laquelle sera proposé un pot à la salle paroissiale.

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