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27 juillet 2026

Marie-Paule Belle (1946-2026) : une anecdote

marie-paule belle,chanson,hommage,variété,spectacle,chanson française,oyonnax,ain,haut bugey,rhône alpes,france,presse,blog littéraire de christian cottet-emard,centre culturel aragon oyonnaxUn des rares souvenirs amusants de ma brève carrière dans la presse (une dizaine d’années) fut la soirée de Marie-Paule Belle au grand théâtre du centre culturel Aragon d’Oyonnax. Après la journée entière consacrée aux inepties de l’actualité locale, je n’avais guère envie de repartir au turbin le soir, surtout pour couvrir un spectacle de variété, chanson française de surcroît, pour laquelle je n’éprouve pas beaucoup d’intérêt, à quelques exceptions près.

Marie-Paule Belle allait devenir pour moi une de ces exceptions parce que je me rendis vite compte qu’il y avait de la vraie musique et d’assez bons textes dans son programme.

Avant de le constater, je pris place sans conviction sur un des sièges réservés à la presse, près de la scène. Je sortis un de ces appareils anciens et robustes qui servaient à l’époque à photographier les matchs de ballon dans les grands stades, un équipement peu discret mais silencieux et qui permettait surtout d’éviter l’emploi du flash. Je pensais « craquer » tranquillement quelques photos et somnoler jusqu’à la fin, bien à l’abri des regards dans l’obscurité de la salle car je n’avais aucune envie de me montrer, premièrement parce que j’étais de mauvaise humeur et secondement parce que je m’étais permis d’arriver dans une tenue peu élégante encore aggravée par une barbe de trois jours qui caractérise les adeptes du style branchouille et les journaleux déprimés (j’étais ce soir-là dans la deuxième catégorie).

De toute manière, je n’aime pas apparaître mal rasé en public (j’ai d’ailleurs connu un vieux collègue qui ne venait pas travailler lorsque son rasage n’était pas parfait!), ce que je ne pouvais évidemment moi-même me permettre.

Toujours de mauvais poil, je profitai d’un enchaînement entre deux chansons pour cadrer le visage de Marie-Paule Belle. Elle aperçut l’objectif braqué sur elle et commença par me faire de grands signes depuis la scène en ajoutant : « Coucou ! Mais il est là le petit journaliste ! Il a l’air timide ! » (Je n’avais pas trente ans à l’époque). Je la vis avec effroi se déplacer dans ma direction après être descendue de scène avec l’agilité d’une gazelle. Elle s’assit alors sur mes genoux en continuant ses facéties pendant quelques instants qui me semblèrent interminables et me laissèrent pétrifiés parce que nous étions enveloppés du halo d’un puissant projecteur et qu’elle pouvait ainsi constater que « le petit journaliste » avait une barbe de détective privée en faillite, tout cela bien sûr accompagné d’un tonnerre d’applaudissements dans la salle. La chanteuse me fit une bise et finit par remonter sur scène.

La semaine qui suivit, et même un peu plus, dans la rue ou lors des réunions que je couvrais, on ne cessait de me demander « mes impressions » . J’étais devenu « le petit journaliste » sur qui la fougueuse Marie-Paule Belle s’était reposée quelques instants. Ce n’était pas pour me déplaire, mais j’ai vraiment regretté de ne pas avoir été rasé de près ce soir-là. 

03 avril 2022

La turbulente poésie de Claude Nougaro

 
La chanson et moi, ce n’est pas le grand amour. Cela ne me nourrit pas. J’entends toujours quelque chose qui cloche. Quand ce n’est pas la musique, ce sont les paroles. Le prix Nobel de littérature pour Bob Dylan, j’ai cru à une farce. À ce compte-là, créez un prix Nobel de la chanson et donnez-le à Claude Nougaro, même à titre posthume !
 
La musique et la poésie, je ne les trouve que chez deux chanteurs, Claude Nougaro et Paolo Conte. J’aimerais en ajouter d’autres mais pour l’instant... Un jour peut-être.
 
Nougaro sur scène, j’ai assisté deux fois au spectacle, à Oyonnax dans l’Ain et à Saint-Claude dans le Jura il y a longtemps. Lorsqu’il a chanté à Oyonnax, j’étais journaliste et mon chef d’agence m’avait demandé d’écrire un « avant-papier » . J’en fus réduit à exhumer de vieux magazines pour trouver de quoi dire. Heureusement pour moi, ce fut mon chef à qui il arrivait de pousser la chansonnette qui couvrit la conférence de presse de Nougaro. Il en revint surexcité et j’entendis pendant des jours filtrer de son bureau des bribes de chansons fredonnées avec un accent parfaitement imité.
 
Cet étrange phénomène de contagion m’incita à essayer de comprendre l’effet Nougaro sur le public du grand théâtre du centre culturel Aragon, une salle comble de six cents places alors que les difficultés professionnelles commençaient pourtant pour le musicien. Ce soir-là, un ami prit de superbes photos de l’animal de scène, hélas au moment où il s’affubla d’une impressionnante tête de taureau qui masquait l’intégralité de son visage !
 
Un peu plus tard, c’est par Nougayork, cet album de la renaissance boudé par les snobs et les vieilles barbes de Télérama (entre autres), que je revins à Nougaro et que je compris enfin qu’il était non seulement un chanteur mais encore et surtout un poète et un musicien. J’embarquai alors pour la série des autres albums de sa nouvelle période, Pacifique, Chansongs, L’Enfant phare et Embarquement immédiat. Et puis Nougaro a lui aussi embarqué mais pour le voyage sans retour et les CD ont un peu pris la poussière. Il n’est pourtant pas rare que sa voix me parvienne encore : le gardien de phare est rond / y s’prend pour un pharaon... Je suis prisonnier des nuages / vous me direz : « comment ça s’fait ? »...  La poésie c’est mon dada / et l’utopie mon topo...
 
On dit souvent d’un défunt que la première chose à disparaître de notre souvenir est sa voix, ce qui n’est absolument pas le cas pour Nougaro. Comment oublier cet accent, ce grain, ce ton, cette élocution de gourmet savourant cette langue française qui était sa maison et sa nourriture ? Moi ma langue c’est ma vraie patrie et ma langue c’est la Française / Quand on dit qu’elle manque de batterie / c’est des mensonges, des foutaises / Ceux qui veulent lui casser les reins / je leur braque mes alexandrins / Vive l’Alexandrin / la bête aux douze pieds qui marche sur la tête...
 
Quelle audace pour un jazzman de chanter en français mais surtout, quelle déclaration d’amour à la turbulente poésie !
 
Claude Nougaro, Prisonnier des nuages.
 

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12 mai 2019

Interlude musical

Claude Nougaro : Prisonnier des nuages.