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09 mai 2018

En complément de mes billets précédents à propos de l’installation de la statue de Voltaire à Oyonnax

Un texte toujours d'actualité :

Voltaire hors du temps et près de nous

par Jean Tardieu

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Détail de la statue de Voltaire à Oyonnax (Photo Ch. Cottet-Emard )

Le rôle déterminant de Voltaire, dans nos Lettres et dans notre histoire, nous impose non seulement de le célébrer, mais aussi de le relire de plus près et, en quelque sorte, d’essayer de le repenser, au nom de cette justice absolue dont il s’était fait l’inlassable défenseur.

 

Comme il arrive trop souvent, c’est la stature même du personnage qui, en provoquant des appréciations multiples et parfois nettement hostiles, a entraîné des malentendus qu’il faut à tout prix dissiper.

 

Rappelons-nous notamment les vers bien connus d’Alfred de Musset qui commencent par cette apostrophe d’outre-tombe :

 

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire,

Voltige-t-il encore sur tes lèvres glacées ?

 

Aujourd’hui ce serait plutôt à nous de sourire d’une pareille invective ! Mieux vaut, d’ailleurs, la replacer dans le contexte du romantisme, où il était bon d’attaquer la Raison, cette véritable déesse du Siècle des Lumières et de la remplacer par un retour à des valeurs passionnelles et irrationnelles.

 

Oublions donc la boutade de Musset et, sautant de poète en poète, saluons tout de suite une de nos idoles : Charles Baudelaire, en rappelant la métaphore qu’il a imaginée pour désigner ses grands peintres préférés, en leur décernant le titre de Phares.

 

Ces Phares qui nous fascinent ou qui nous éblouissent, bien entendu, il n’y en a pas seulement parmi les maîtres de l’art pictural et si, dans l’art littéraire, il en est un qui mérite un tel titre, vous conviendrez que c’est Voltaire.

 

Son œuvre, dans son ampleur exceptionnelle, dans sa verdeur (encore intacte aujourd’hui) semble avoir été gouvernée par une seule passion, par une véritable idée fixe : la volonté consciente de faire évoluer les formes et les contenus de notre civilisation vers plus de vérité, plus de sincérité et sutout plus de justice.

 

J’ajouterai : vers plus de lumière. On aura compris que je veux, par là, évoquer la fameuse exclamation que l’on prête à Goethe sur son lit de mort : Mehr Licht. Voilà encore une de ces métaphores, un de ces grands lieux-communs qui font figure de mythes stellaires au firmament de l’histoire, même si, en réalité, il s’agissait seulement, pour le mourant, de demander que l’on ouvrît un peu la fenêtre de sa chambre !

 

Un autre mot, le plus simple celui-là, mais aussi le plus contesté, m’a toujours donné le frisson de la grandeur, c’est le mot humanité.

 

Voilà un mot qu’il faut écrire en lettres capitales ! Il fut mis au pluriel pour désigner dans son ensemble, la culture classique (les Humanités) puis, au singulier, sous l’influence des nouvelles idées sociales. De toute façon, ce terme est associé à un courant de pensée où Voltaire tient une place essentielle. Il signifie un envol irréversible au-dessus des ténèbres primitives, et surtout par-delà tous les crimes, tous les massacres, tous les supplices engendrés par l’obscurantisme.

 

Ces valeurs-là, on le sait, Voltaire les a défendues toute sa vie avec acharnement. Il est presque inutile de rappeler les nombreuses occasions où François-Marie Arouet, grand avocat des humiliés et offensés, a lutté contre les jugements impitoyables dus à l’intolérance et au fanatisme aveugle, où il a porté secours à des innocents, victimes d’erreurs judiciaires ou encore, dans un tout autre domaine, lorsqu’il a prêté l’appui de son autorité à l’entreprise libératrice et novatrice de l’Encyclopédie de Diderot menacée d’interdiction...

 

Mais quelle était donc l’arme redoutable dont Voltaire savait user avec tant d’efficacité et de discernement ?

 

Eh bien, cette arme n’était autre que son immense talent d’écrivain. La langue française était déjà, avant lui, particulièrement au point et nous avait donné déjà tant d’indépassables chefs-d’oeuvre : Voltaire l’a rendue encore plus expressive, encore plus maniable, encore plus capable de traduire, avec transparence et rapidité, un raisonnement bien construit, une véhémence bien ciblée, voire une silhouette ressemblante. De cet outil universel incomparable de communication et de persuasion, Voltaire reste et restera toujours le génial artisan.

 

Lorsqu’on parcourt cet océan de feuillets imprimés que contiennent les nombreux volumes de ses œuvres complètes (dans l’édition de Kehl créée, ne l’oublions pas, par Beaumarchais), quand on suit des yeux ce torrent de métal en fusion sorti du creuset de cet infatigable ouvrier, on est frappé par l’originalité, par la modernité de son style. Pareille à l’acier trempé, son écriture possède à la fois l’éclat, la souplesse et le tranchant d’une épée. Une épée qui ne serait pas faite pour tuer, mais pour défendre. Ce protecteur des faibles et des opprimés est dans le droit fil des anciens Chevaliers, ou de Saint-Georges, lorsqu’on voit celui-ci, dans la fameuse fresque de Pisanello, à Vérone, s’apprêter à abattre l’affreux dragon de la légende, et à sauver de la mort la princesse de Trébizonde.

 

Dès lors, l’on ne s’étonnera pas de savoir que l’influence de l’écrivain se soit répandue autour de lui et plus loin que lui, dans l’espace et dans le temps, grâce à la seule puissance de son langage écrit. Les mots qu’il emploie son des gestes. Ils sont capables de suivre instantanément, avec autant de hardiesse que de lucidité, les élans d’une intelligence toute dévouée au bien public. Ajoutons que cette vaste intelligence, il faut le souligner une fois de plus, était animée par une curiosité sans borne, par une véritable boulimie de lecture, qu’il partageait avec son amie Madame du Châtelet.

 

Je voudrais ici placer une remarque qui est une évidence, mais qui est d’importance parce qu’elle est liée à un malentendu.

 

Il s’agit surtout de l’œuvre la plus célèbre et la plus entraînante de Voltaire : son Candide, baptisé roman par l’auteur, alors que cette œuvre a pour prétexte une sorte de pamphlet idéologique.

 

Le sous-titre est, on le sait : ou l’optimisme. C’est un récit dominé par une sorte de leitmotiv sur le meilleur des mondes possible, allusions à l’harmonie universelle imaginée par Leibnitz. On en conclut parfois que Voltaire considère vraiment notre monde, tel qu’il est, comme un paradis retrouvé.

 

Là est l’erreur, car a contrario, Voltaire entend s’élever, avec une ironie très pessimiste, contre cette vision idyllique. C’est en vertu de ce que l’on appellerait aujourd’hui un humour noir que toutes les aventures survenues aux personnages principaux du livre (à Candide lui-même, à sa chère Cunégonde, à leur maître à penser le Docteur Pangloss) sont des catastrophes dont ils se tirent par une chance miraculeuse, mais qui les font passer à travers des voyages vertigineux, des massacres épouvantables et des guerres affreuses, qui prouvent à quel point de cruauté peuvent conduire la méchanceté et la perfidie de la nature humaine, sous toutes les latitudes.

 

Je terminerai cette trop brève et trop incomplète esquisse d’un portrait par le tableau presque idéal du temps où ce petit homme, qui est, en fait, un géant, exerçait sa supériorité intellectuelle avec la bonhomie (mais aussi parfois avec férocité) d’un grand bourgeois éclairé, une classe sociale qui, avant de comporter elle-même une connotation péjorative, avait encore valeur de subversion par rapport à la noblesse dominante.

 

Dans ce canton préservé de Ferney, sur ce plateau aéré et ensoleillé, entre les Alpes et le Jura, où l’intelligentsia avancée de toute l’Europe venait lui rendre hommage et peu d’années avant que son influence politique, jointe à celle de Rousseau, eut contribué à ouvrir les portes du grand chambardement de 89, ce roi sans couronne se tenait à l’abri, en marge des frontières, là où il pouvait parler sans entrave, sans être trahi par les uns, ni persécuté par les autres.

 

Finalement, ce Voltaire, qui est-il ? Un phare ? Oui, sans aucun doute. Plus encore une région de l’esprit, un mythe sauveur, en dehors du temps mais encore près de nous, une île de la pensée et la liberté. Un refuge, une falaise où l’on peut s’accrocher pour observer, en toute indépendance, pour soupirer, avec un scepticisme sans illusion, sur les malheurs du monde, quand les rivages s’effondrent et que nous craignons de faire naufrage.

 

Notes : ce texte de l’écrivain et poète Jean Tardieu est l’allocution qu’il prononça à Bourg-en-Bresse dans les salons de l’Hôtel du Département de l’Ain le 3 juin 1991 lorsque lui fut remis le Prix Voltaire créé par la revue Le Croquant. La veille, Jean Tardieu avait visité le château de Voltaire à Ferney-Voltaire.

 

Le texte de cette allocution a été publié dans le n°10 du Croquant (automne - hiver 1991) et dans mon livre consacré à Jean Tardieu : Jean Tardieu, un passant, un passeur (éditions La Bartavelle, décembre 1997). J’ignore si cet éditeur est encore en activité mais je peux préciser que mon livre est disponible dans les bibliothèques, et, pour les gens d’Oyonnax et de la région, à la médiathèque municipale d’Oyonnax, au centre culturel Aragon.

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23 novembre 2016

Carnet / Inventaire du soir dans les haies

Hier en fin d’après-midi, une bande de brouillard a pris naissance derrière les collines et s’est étendue dans le vallon en contrebas de la maison comme une longue écharpe qui se dénouait lentement du nord au sud et en sens inverse de la progression rapide des nuages élevés.

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Pourquoi ai-je éprouvé l’envie de photographier ce spectacle certes un peu inhabituel mais pas extraordinaire pour autant ?

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Quelques jours avant cette fantaisie des nuées laiteuses dans la grisaille du jour, j’ai aussi photographié dans mes haies les derniers éclats rouges et oranges des baies de fusain appelées aussi bonnets d'évèque sous la lumière rasante des éclaircies. C’est à ces réflexes d’inventaire que je mesure l’avance du temps dans ma vie. Peut-être suis-je enclin à de tels songes parce que je vis à la campagne.

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Je sais pourtant que la nature, grande gaspilleuse d’énergie, de beauté et d’ingéniosité, ne semble rien avoir de particulier à nous dire, que ce soit à son contact direct comme c’est le cas pour moi ou bien loin d’elle, en ville, dans le désordre, la promiscuité et la vanité des engouements collectifs.

Lorsque je vois tous ces gens s’extasier en meutes lors d’une réunion politique, se tortiller debout les bras en l’air serrés comme des sardines en boîte en prenant des décibels dans ce qu’on persiste à appeler des concerts, vociférer par dizaines de milliers dans des stades, je me dis que c’est peut-être parce qu’ils vivent dans des grandes villes. En réalité, à part cette explication plutôt vague, j’ai beau réfléchir, quelque chose m’échappe mais après tout, qu’est-ce que ça peut faire ?

La littérature et la musique peuvent certes distraire l’âme de tels constats mais je dois avouer, à cinquante-sept ans demain, qu’observer les habitudes de vie de ma chatte Linette m’apprend plus que tous les livres de philosophie, de spiritualité, voire pire de développement personnel, que j’ai pu ouvrir par le passé.

Mon enfance ne me fit étrangement pas grâce de ces vagues d’ombre, de cet obscur pressentiment de la nature absurde de la vie et du fait qu'elle nous dépossède de nous-même comme j’en eus plus tard la confirmation dans le texte de Jean Tardieu (extrait de La première personne du singulier) L’enfant resté au bord de la route : « Il savait tout d’avance... » cet enfant.

Photos : chez moi, derrière la maison. (Photos Christian Cottet-Emard)

 

 

06 février 2015

Carnet / Pour quelques grands arbres

L’enfance du piéton

patiente

dans le grand âge de l’arbre

ai-je écrit juste après quelques pas sous l’un des plus anciens et des plus hauts feuillages du parc. J’arpente ce jardin public depuis que je sais marcher. 

À l’évidence, ces grands arbres me parlent ou quelque chose ou quelqu’un me parle à travers eux. L’enfant resté au bord de la route de Jean Tardieu? Ma propre voix que je comprends si mal ? Pourquoi ne suis-je pas parti ? (puisque toujours résonne en moi le sec constat de René Char, « Écrire : s’exclure » .

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Je les soupçonne, ces arbres, d’être pour quelque chose dans mon enracinement. Ce sont eux les arbres et c’est moi qui ai les racines. Pour moi, ils sont éternels puisqu’ils étaient là avant moi et que leur longévité est bien supérieure à la mienne, même si je vis jusqu’à cent ans, même si certains d’entre eux ne sont pas à l’abri d’un accident (sécheresse, tempête, foudre...), d’une attaque (bûcheron, « paysagiste »...), ou d’une maladie (champignon, insecte xylophage...) autant de péripéties qui pourraient venir contrarier leur destin. Lorsqu'ils disparaissent d’une rue ou d’une place où j’aime faire un détour, j’ai l’impression que la rue et la place s’évanouissent ou qu’elles existent moins, que le paysage a été gommé par la main brouillonne de quelqu’un qui n’arrivera pas à le redessiner.

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Bien sûr, on est parfois obligé, surtout en ville, de remplacer certains arbres trop vieux et malades par d’autres qui joueront à leur tour leur rôle de témoin d’éternité pour celles et ceux qui attachent de l’importance à ces choses-là mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’une vie réussie est celle qui s’est épanouie du début à la fin sous les mêmes arbres. Je crois avoir eu cette chance jusqu’à maintenant et je touche du bois (!) pour que cela continue. 

Il n’est guère de jours où je ne passe sous les vieux platanes noueux qui me voyaient marcher tout gosse le nez en l’air entre l’église Saint-Léger et l’école Jeanne d’Arc, peu de semaines sans une visite aux quatre sapins pectinés de quarante mètres de haut que les siècles ont légué à mes promenades en forêt (même si, du plus colossal du groupe, âgé de 225 ans, avec près de 4 mètres de tour, ne reste que la souche après ce funeste soir de la tempête du 27 décembre 1999), peu de temps, en somme, sans les marronniers des parcs et jardins qui, l’automne, me fournissaient en munitions lorsque dégénéraient les cavalcades et bagarres de sorties de classe. 

Je trouve tout le reste futile. Je mesure le luxe extraordinaire qui m’est donné de pouvoir dire cela et j’en remercie je ne sais qui car je n’ai malheureusement pas la Foi mais je remercie quand même car je n’aime pas l’ingratitude.

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Voilà peut-être pourquoi je ne suis pas parti, pourtant très tôt conscient que mes projets littéraires, conçus dans l’enfance, ne trouveraient pas d’humus plus pauvre, de sol plus aride et de cieux plus indifférents que ceux de ma terne bourgade recroquevillée dans sa nostalgie mortifère de gloires artisanales puis industrielles fugaces au beau milieu d’une immensité de splendeur végétale.

« Écrire : s’exclure » ou plutôt écrire : partir, ce à quoi, m’étant pourtant exclu sans regret, je n’ai pu me résoudre, sans doute pour quelques grands arbres...

Texte paru dans la revue Le Croquant. Droits réservés.