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28 janvier 2019

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jim harrison,légendes d'automne,blog littéraire de christian cottet-emard,alliés substantiels,littérature,roman,fiction,passé,marécage,écrivain américain,littérature américaine,USA,amérique,États Unis d'Amérique Il était arrivé à un âge où sa perception généralement sentimentale des choses était maintenant remplacée par une vision ironique du monde et de ses occupants ; le passé devenait un marécage épais d'où il se sentait incapable d'extraire la moindre conclusion.

- Jim Harrison - (Légendes d'automne)

 

11 mars 2017

Carnet / Des jours variables

Pour aller à Saint-Claude (Jura), je descends la vallée profonde et encaissée de la route de Molinges avant de continuer tout en bas le long de la Bienne qui roule un flot vert et tumultueux en cette saison.

Sous la bruine serrée d’un jour sombre comme ce jeudi, avec les forêts de hêtres et d’épicéas à flanc de montagne, les bouquets de saules sur les berges de la rivière large et rapide et les abords de la route jalonnés de vieux engins de chantiers en proie à la rouille, on se croirait dans le décor d’un roman de Jim Harrison.

Ce jeudi après-midi était entièrement consacré à la boustifaille et au réapprovisionnement en whisky. Après un casse-croûte assez tardif et le café dont j’ai sans cesse besoin pour me doper, direction le caviste de la rue de la Poyat (La Ronde des vins) où je trouve presque toujours ce qu’il me faut.

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On y est accueilli par le jeune Florian qui connaît parfaitement ce qu’il vend et qui conseille très bien le client. Mon choix s’est porté sur un Connemara, le Distillers Edition, légèrement différent de L’Original que je prends souvent, aussi tourbé mais plus fin et un peu plus fort (43%Vol. au lieu de 40%Vol.).

En vin rouge, je suis revenu à l’excellent Cabardès que le caviste m’avait précédemment fait découvrir, le vin d’un  jeune couple, Stéphanie et Olivier Ramé qui ont repris le domaine viticole familial sur Ventenac-Cabardès près de Carcassonne.

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Dans la foulée, je suis passé prendre du Comté à la crémerie Clément. Ensuite, un détour par Dortan chez Larçon où l’on peut se procurer la meilleure mortadelle à mon goût.

Une fois sur le territoire d’Arbent, j’ai remis à plus tard des courses à Oyonnax et suis remonté à Viry par la route habituelle. Par temps gris et sous la pluie, cette région rappelle vraiment des paysages décrits non seulement par Harrison mais encore par Raymond Carver dans ses nouvelles et ses poèmes.

Quant à Saint-Claude, sous-préfecture du Jura (précision pour ceux qui me lisent loin d’ici et qui sont à l’évidence beaucoup plus nombreux que les lecteurs locaux), certains quartiers de la ville fourniraient des décors parfaits pour des polars bien cafardeux. On pourrait le dire aussi, dans une moindre mesure, d’Oyonnax.

Pourquoi suis-je accroché à cette région si peu riante ? Sans doute à cause de mon manque de courage, de mon impérieux besoin de routine et de mon esprit conservateur. Mais d’un autre côté, si je m’étais exilé dans un petit paradis avec trois cents jours de soleil par an, serais-je encore enclin à écrire ?

Conscient de ma paresse, de mon absence de compétence et d’intérêt pour tout engagement social, humanitaire ou politique et de ma lancinante idée qu’il est aussi absurde de vivre que de mourir, j’en doute fort. C’est là qu’un verre de Connemara peut-être bienvenu. Il ne me manquait plus qu’un bourbon américain pour varier. J’ai fait une infidélité à mon Voodford Reserve de chez Labrot & Graham pour essayer un Bulleit qui me faisait de l'œil depuis quelques temps.

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Changement radical de temps et de température le lendemain vendredi après des bourrasques nocturnes qui ont suffisamment secoué les frênes pour me fournir de nouvelles brouettes de bois sec. Les crocus violets et jaunes se déplient comme des papiers d'origami. Ce sont les plus sauvages qui s'épanouissent en premier, suivis par ceux achetés dans le commerce, plus gros et moins pressés!

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Dans son fauteuil près de la baie vitrée, la chatte Linette s'en fiche. Seule compte sa sieste.

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Vers 18h30, la lune risque son œil dans les branchages de frêne et j'en profite pour la photographier. Avant le crépuscule, les merles en sérénade pour confirmer le dicton : quand le merle a sifflé, l'hiver s'en est allé. Espérons.

 

 

02 avril 2016

Carnet / De la route qui s’éloigne dans le reflet d'une vitre

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Avant hier, premier pissenlit. Content de le voir. Hier, la maison qui semblait flotter au milieu des frênes dans le silence du brouillard. Mésanges et moineaux perplexes.

Je lis beaucoup de réactions au grand départ de Jim Harrison. J’aime ses poèmes (Une heure de jour en moins, éd. Flammarion) très narratifs, généreux, sinueux, tour à tour fragiles et puissants, capricieux comme le cours des rivières où il traînait ses bottes dans le clapotis des berges froides. Moins concerné par ses romans. Le livre en prose que je préfère est son autobiographie En marge (éd. 10/18). J’avais aussi relevé cette remarque dans sa nouvelle La bête que dieu oublia d’inventer extraite du recueil En route vers l’ouest (éd. 10/18) : « Rien ne tourmente davantage un vieux chnoque que la pensée de la vie non vécue. »

Il est normal que ce constat m’assaille parfois à cinquante-sept ans mais curieusement, j’éprouvais cette angoisse dès mon adolescence. Peut-être étais-je déjà un vieux chnoque à cette époque ? Je suis souvent tenaillé par ce sentiment de vie non vécue.

J’ai certes fait le choix de la sécurité en bien des domaines mais au fond, que signifie une vie vécue ? Un engagement intense dans la société, dans la politique, dans le travail, dans l’humanitaire, au Sou des écoles ? Ce n’est pas dans mon tempérament et de plus, je n’ai aucune des compétences techniques et relationnelles requises pour être efficace dans les tâches que cela implique. Quant à la seule vague compétence dont je peux me hasarder à témoigner en prenant le risque de me faire moquer (écrire), elle court les rues et la société n’en a nul besoin.

Aussi puis-je m’estimer heureux, bien installé, de voir tranquillement s’éloigner, comme dans le reflet d'une vitre de train ou dans le rétroviseur d’une auto silencieuse et confortable, la route et le paysage où je n’ai marqué d’autre empreinte que celle, inutile et fugace, de mon regard distrait.

Photo : Porto, métro (photo CC-E)