05 août 2011
Casser la course
Et si les bandelettes d’un sommeil destructeur me ravissaient les cris des hirondelles ?
J’ai cru m’éteindre en l’absence de cette question et ce fut la réponse qui se profilait avant elle qui me conduisit tout enfant aux portes de la fugue. J’en conçus l’amour de la désertion plus riante que l’alliance aux forces.
Un seul pas de côté suffit à mon chemin, je n’eus pas à courir. Désuni, je puis l’être encore pour quelque monnaie dans un art de ne pas vivre, exilé là où l’on ne prétend qu’à la seule gloire de bien se vendre.
Mais je sais depuis l’enfance m’arrêter là, casser la course, habiter où l’on erre, joyeux, me ruer où l’on tâtonne.
(Extrait de mon recueil L’Alerte joyeuse, éditions Orage-Lagune-Express, 1997.)
Photo : une des éditions du recueil.
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02 août 2011
Les collines clignaient de lents feux aux complicités de vieux domestiques.
Ils servaient d’autres maîtres plus rustiques mais nous les investîmes du pouvoir d’aromatiser notre saison.
Rien ne réclamait de nommer ces instants signés des pas de nos enfants buveurs de ciel.
La part encore intacte dévolue à nos trouvailles suffisait à nous nourrir de pépites accessibles aux plus humbles.
Paysan tout empressé de tes écobuages te souvient-il du zèle des flammèches à sourire de leurs chants au bonheur des passants ?
Je n’aurai de cesse d’engranger ces fournaches en vue d’hivers incalculables.
(Extrait de mon recueil L’Alerte joyeuse, éditions Orage-Lagune-Express, 1997.)
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27 juillet 2011
L’enseigne de vaisseau Mhorn
constata avec satisfaction que son corps d’homme âgé glissait dans l’eau sans grand effort.
Après une, deux puis trois balises fixées au fond de la mer, il dépassa la limite où se brisent les vagues et progressa dans une étendue à peine ridée de vent mourant. Parfois, il se retournait et pouvait encore distinguer la plage et les dunes.
En nageant sur le flanc, il leva un peu la tête et aperçut, éclairé par le soleil en déclin, le ventre blanc d’une hirondelle de rivage. Elle frôla l’eau en plusieurs passages, tout près de lui, puis s’éloigna. Ce fut ensuite un vol de libellules transparentes qui gagnaient en hâte les étangs salés.
Maintenant, l’enseigne de vaisseau Mhorn flottait sur le dos. Un papillon apparut dans son champ de vision avec ceci de remarquable qu’il était impossible, dans le vide du ciel, de déterminer sa taille. Communes ou extraordinaires, ses dimensions ne pouvaient être mesurées en l’absence de tout objet de référence. C’est alors que l’enseigne de vaisseau Mhorn repensa à ses navigations sur des mers et des océans dans lesquels il ne s’était jamais baigné.
Son regard se porta tour à tour vers le grand large et la côte et, pour la première fois de sa vie, il hésita un instant dont la durée, comme l’envergure du papillon, ne pouvait se mesurer.
Extrait de mon roman Le grand variable, éditions Éditinter, 2002. Épuisé.
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