12 septembre 2006
Retour au Moloch
Comme tout parent d’élève, me voici contraint de hanter de nouveau le lycée lors de cette détestable rentrée. Malaise. Remontée de mes vieilles phobies scolaires endurées de la maternelle à la terminale. Confrontation avec le Moloch.
Ceux qui affirment que rien n’a vraiment changé en trente ans sont de mauvaises langues. La preuve, ils savent bien qu’on ne dit plus aujourd’hui Surveillant général mais Conseiller principal d’éducation, qu’on ne dit plus Censeur mais Proviseur adjoint.
On dit toujours Proviseur. Celui qui me convoquait dans son bureau à la fin des années 70 portait un nom idéal pour prétendre au titre de mascotte de la cuivrerie du pittoresque village de Cerdon. Dieu ait son âme, si la nouvelle police des mots (celle qui s’active en ce moment contre certains dictionnaires) veut bien m’autoriser cette expression à connotation indéniablement religieuse.
À 46 ans, je ne suis plus convoqué mais reçu. Il n’empêche, quelle joie, l’entrevue terminée, de pouvoir sortir prendre un bon bol d’air !
PS : La première personne qui devinera le nom de mon Proviseur de la fin des années 70 (un indice a été placé dans le texte de cette note) recevra un exemplaire de mon dernier livre, intitulé Le Club des pantouflards. Mes anciens camarades de classe (de toutes les classes, de la maternelle à la terminale) ne sont pas admis à participer à ce jeu. Il n’y aura aucun passe-droit.
22:08 Publié dans Et à part ça ? | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : lycée, rentrée scolaire, éducation
29 août 2006
Savoir s'adapter aux nouvelles technologies
Attention si vous passez directement de votre vieille machine à écrire à votre premier ordinateur :
c'est ici, chez Sébastien Bailly
18:43 Publié dans Et à part ça ? | Lien permanent | Commentaires (0)
23 août 2006
La double vie des écrivains
Le bonhomme fendu en deux avec sa moitié de costume-cravate et sa moitié de combinaison imprimée de mots, en couverture de Télérama, c’est moi, c’est nous, du club très ouvert de cette écrasante majorité d’écrivains qui exercent une autre activité professionnelle pour faire bouillir la marmite.
Son drôle de vêtement annonce l’enquête que le n° 2954 de Télérama intitule La double vie des écrivains, avec des propos recueillis par Nathalie Crom. Ces six pages s’appuient sur une étude du sociologue Bernard Lahire. En 2004 et 2005, 503 écrivains nés ou vivant et travaillant en région Rhône-Alpes ont été interrogés par le biais d’un questionnaire. Des entretiens ont été réalisés avec 40 d’entre eux.
J’avais moi aussi, à cette époque, reçu le questionnaire, mais sur un mouvement d’humeur, j’avais renoncé à y répondre. Pourquoi ? Parce que je dois avouer que je vis très mal cette fameuse double vie. Je ne m’aime pas du tout en bonhomme fendu en deux et c’est pourtant (hélas) cette image qui symbolise le mieux ma condition. Or, quand je me regarde dans la glace, je ne vois ni un éducateur, ni un libraire, ni un journaliste, toutes professions (j’en passe et des meilleures) que j’ai pourtant exercées dans d’autres doubles vies. Je ne vois qu’un type qui écrit des histoires et qui a la chance de pouvoir les publier. Tant qu’à faire, je trouverais plus commode d’en vivre avec un statut social bien défini. “Les intermittents du spectacle ont un statut, pas les écrivains” fait très justement remarquer Bernard Lahire.
Lorsque, dans un dîner, j’avance cet argument à quelqu’un qui me vante la belle liberté de création dont je bénéficie précisément grâce à l’absence de tout statut dans mon activité littéraire, j’avale de travers parce que j’ai du mal à digérer les notions de liberté et de création, deux mots que j’emploie toujours avec circonspection.
En tous cas, l’annonce de la parution en librairie le 31 août prochain de “La Condition littéraire, la double vie des écrivains” de Bernard Lahire aux éditions La Découverte (624 pages, 25 euros) me rappelle ce que j’écrivais dans mon feuilleton “Tu écris toujours” le 3 juin 2006 :
“Je mène une double vie, celle de monsieur tout-le-monde qui vend de son temps pour survivre dans la société marchande où seule une infime partie de moi est présente, et l’autre, celle de ma véritable présence au monde, où je pèse de tout mon poids d’os, de chair, de joie, de rêve éveillé, rythmée non seulement par l’écriture mais encore par la musique et la promenade.”
18:57 Publié dans Et à part ça ? | Lien permanent | Commentaires (8)