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21 décembre 2008

L’énigme de l’arrivée

arrivée.JPGSi tu devais partir je ne sais où sans tes livres dans un endroit absurde de la Terre ou du Ciel où plus rien ne serait habituel et familier

Si tu ne pouvais rien emporter de ce qui te donne un peu de poids en ce monde

S’il te fallait choisir vite et à jamais

Tu pourrais prendre le galet de rivière peint pour toi par ta fille à l’école maternelle

Le nœud d’épicéa jeté sur le talus par le bûcheron

La petite pomme de pin et celle du mélèze

Le marron d’Inde tout fripé mais qui luisait tant quand tu l’as ramassé

Le fruit fermé à double tour d’un arbre inconnu

Le bouton de pivoine séché

Ainsi à l'arrivée te resterait-il cela à contempler et qui te parlerait encore de l’étonnement d’avoir vécu

 

© Éditions Orage-Lagune-Express, 2008.

Note : le titre de ce texte est emprunté au peintre Giorgio de Chirico en référence à son tableau L'Énigme de l'arrivée et de l'après-midi. 1912.

08 octobre 2008

Le fleuve ses berges désertes herbues une péniche qui va passer une écluse plus loin

péniche.JPG

Elle a déjà traversé bien des villes mais son vrai voyage est dans la campagne

Le fleuve est calme puisqu’il peut accueillir les péniches

Quand il devient dangereux et qu’on ne peut dompter ses colères le fleuve est abandonné à son chaos

Les péniches glissent alors sur des canaux faussent ainsi compagnie à l’ire des eaux

Que tu regardes la péniche du bord du fleuve ou du canal cela n’a pas d’importance elle glisse elle crée le paysage qu’elle frôle de sa lourde silhouette

Sans elle pas de chemin de halage pas d’écluse pas de plan incliné pas de pont tournant ou basculant pas de passerelle d’eau

Le fleuve lui-même se transforme avant son sillage

Pour mieux dire le lent cheminement de la péniche tu devrais employer des termes moins vagues te documenter sur le jargon des mariniers cela ferait plus vrai

Mais tu n’as rien à voir avec cette sorte de vérité car tu n’es qu’un passant sans autre qualité que celle de ton regard

Tes yeux se contentent de cette seule réalité qu’est la péniche sur le fleuve ou sur le canal et ton rêve en fait déjà toute une histoire

Tu étais là au moment de la péniche c’est tout et tu peux en nourrir ta pensée jusqu’à la fin de ta vie

Un jour quelque chose en rapport avec la vie quotidienne déborde

L’histoire la petite l’intime va s’écrire dans les marges le regard s’attarde sur des changements de perspective

Tout ce qui arrive reste vrai mais dans le désordre

C’est à ce moment qu’on a le plus de chance de consacrer du temps au passage de la péniche

Beaucoup plus lent un nouveau rythme s’instaure avec grâce

Devant cette angoissante et merveilleuse beauté de l’instant reconstruit il faut passer lentement si l’on veut mais sans s’arrêter trop longtemps

Ce temps étrange de la péniche tu ne sais pourquoi s’impose à toi

Il ne te serait sans doute guère utile de le savoir seule t’importe la conscience de cet étonnement

Que vient faire cet horizon fluvial dans ton rêve ?


© Éditions Orage-Lagune-Express pour la version 2008 de cet extrait.
Dessin de Frédéric Guenot.

24 août 2008

Le passant du grand large

passantgrandlarge.jpgTu entendras ce que je tais ces mots qui jouent et cèdent

Tu me sauras preneur du plus pauvre des matériaux ce bois flotté qui échoit au sculpteur heureux car sans espoir de réussite

Tu ne craindras pas pour ton rang car j’accélère où nul ne court

Tu te souviendras de ma distance

L’aventure du poème n’a rien à voir avec une sortie entre copains

Choisir entre vivre dans l’oubli de l’instant propice ou essayer de le fixer il le fallait

Nous nous battons contre un ennemi énigmatique informe ténébreux qui nous réveille la nuit et nous endort le jour pour nous voler nos rêves

De chers inconnus nous ont précédés ont élu domicile au fond de nos mémoires et ont fourbi les premières armes qu’il nous faut continuer de tremper dans nos faims

(Extrait de : Le Passant du grand large, éditions Orage-Lagune-Express Aquitaine, 1995)