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19 février 2022

Carnet / Quand les bons sentiments aiment la bonne distance.

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N’importe quel scientifique vous dira que la Terre a très souvent changé de climat au cours de sa longue histoire et que sur cette durée, la révolution industrielle suivie de la mondialisation industrielle représentent moins qu’un battement de paupière. À l’échelle du temps de l’humanité, il est tout à fait logique que l’impact des activités humaines se mesure à l’aune des dégradations qu’elles provoquent dans l’environnement. Nous touchons ici à la définition et au paradoxe de la vie : toute créature dégrade son propre environnement parce qu’elle est obligée de le modifier pour y survivre.
 
Pour l’humain, toute la question est de savoir comment gérer la modification pour qu’elle n’aboutisse pas trop vite à la destruction partielle qui peut bien sûr entraîner la disparition totale. En plus simple, comment ne pas scier la branche sur laquelle on est assis.
 
La question m’apparaît tous les jours à la vue de mes frênes attaqués par le lierre. Lorsque ce processus vieux d’une trentaine d’années arrivera à son apogée, les frênes finiront par s’effondrer et mourir. Le lierre qui se sera nourri d’eux survivra quelques semaines agrippé à leurs troncs couchés sur le sol et il mourra à son tour.
 
L’humanité se montre certes capable de modifier et de dégrader rapidement son environnement au point de perturber les grands équilibres naturels mais elle n’est et ne restera pourtant qu’un acteur très secondaire au sein de ce processus auquel participe la moindre bactérie.
 
Penser que quelques pays occidentaux développés et perclus d’écologie punitive doivent et puissent « sauver la planète » selon l’une des expressions les plus stupides qui soient et répétées comme un mantra (alors qu’on demande beaucoup moins aux géants de l’Asie et rien du tout aux monarchies du pétrole, notons-le au passage), penser, disais-je, que l’Occident développé soit capable de se mettre en travers d’une évolution climatique de plus relève d’un sentiment de puissance qui se situe entre les deux extrêmes de l’hubris et de la pensée colibri. Dans les deux cas, c’est d’une prétention et d’un orgueil pathétiques.
 
Aujourd’hui encore, j’ai reçu des pétitions à signer sur le climat dont une pour que le climat soit plus à l’ordre du jour de la campagne présidentielle en France (il est vrai que le climat est ici très dégradé mais à l’évidence, nous ne parlons pas du même vous et moi). Des paquets de pétitions, j’en reçois aussi sur les droits de l’homme et nombre de sujets certes préoccupants mais d’ordre suffisamment général pour que cela évite à beaucoup de se pencher sur les problèmes qu’ils ont sous le nez. La bonne conscience aime bien la bonne distance !
 
Dans ce concert des bons sentiments claironné par le grand orchestre des indignés sélectifs, certaines musiques sont inaudibles. Pour éviter de m’enliser dans la métaphore, je vais dire les choses plus brutalement : les amis et connaissances qui me bombardent de ces pétitions ne m’envoient rien à signer sur ce que pourrait leur inspirer, vu leur attachement à la liberté, à la tolérance et, pendant qu’on y est, à la planète, au climat, à la paix dans le monde et à la défense des fromages au lait cru, la relégation d’une partie de la population de leur propre pays à un statut de citoyens de seconde zone.
 
Pourtant, dans ce cas précis, la mobilisation des consciences serait assez facile et le résultat rapide à portée de mains, celles qui votent par exemple. Mais la plupart de ces gens me le disent eux-mêmes quand nous arrivons encore à nous parler malgré la zizanie que ce sinistre gouvernement a semé jusque chez les amis et les familles : ils n’iront pas voter. Pensez donc, ils ont plus urgent à faire: sauver le climat et la planète ! D’ailleurs, c’est plutôt l’humanité qui a besoin d’être sauvée, pas la planète et ses climats.
 
Elle n’a rien demandé, la planète, et elle vivra encore les quatre ou cinq milliards d’années qui lui restent en se fichant comme d’une guigne de l’éventuel remplacement des humains par des espèces de pieuvres ayant fini par résoudre l’actuel problème d’évolution qui les bloque encore dans l’océan.
 
Voilà une perspective peu réjouissante mais elle ne s’inscrit pas encore dans notre parenthèse temporelle. D’ici là, nous avons encore le temps de nous inquiéter pour nos enfants, nos petits-enfants et, si nous avons de la chance, nos arrière-petits enfants. Après, cela devient abstrait, avouons-le. Telle est notre limite.
 
Alors, chers amis pétitionnaires du climat, de la planète, de la paix dans le monde et des droits de l’homme en général (mais hélas pas trop de l’homme occidental), je recommencerai peut-être à m’intéresser à vos grandes causes et peut-être à signer vos pétitions le jour où, de votre côté, vous aurez daigné jeter un œil et dire un mot, même un seul, sur cette autre cause qui semble échapper à votre vigilance sélective, celle des entraves récentes et progressives à nos libertés quotidiennes les plus élémentaires et qui viendra un jour ou l’autre frapper à votre porte quelle que soit l’épaisseur de silence et de consentement au pire dont vous l’avez capitonnée.
 
Photo : lierre agrippé à un frêne, chez moi.

Commentaires

Concernant vos frênes qui supportent de magnifiques lierres, sachez que ces derniers sont épiphytes.....Ils ne sont pas, comme on l'a imaginé pendant très longtemps, des parasites et ils ne vont pas étouffer ces derniers.
Bien au contraire, si les frênes sont en bonne santé, il y aura une relation symbiotique entre eux, les uns permettant d'accéder à la lumière et pour les autres ils protégeront des températures inadéquates.
On voit bien sur la photo que l'ascension du lierre se fait à la verticale et de façon autonome, nullement en détruisant le tronc pour pouvoir se développer.
Il y a probablement des chances que tout ce petit monde survivra, comme notre planète survivra à notre espèce, elle n'a aucunement besoin de nous, mais nous avons besoin d'elle.....Alors dès le départ, les dés sont pipés, je vous rejoins concernant les injonctions faites en Europe et la complaisance outre Atlantique et du côté de l'Asie ( et la liste n'est pas exhaustive ), même si nous avons aussi notre part de responsabilité, surtout envers nos descendants...
Mais nous sommes peut-être «sauvés» car le mouvement REV
( rassemblement écologique pour le vivant ), espérons qu'il n'existe pas le même pour les morts....
Dont la création résulte de l'idée «éveillée» de Mr Cayron antispeciste qui s'insurge contre les touristes les mois d'été, qui pratiquent une véritable destruction des moustiques femelles et de leurs progénitures en devenir, ces malheureuses bêtes qui ont selon lui « le même droit de vivre » que lui et nous !!
Pas certains que les pays ravagés par la malaria, fièvre jaune, dengue et chikungunya, soient du même avis....!!

Écrit par : un lecteur intéressé | 19 février 2022

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Pour les frênes, le problème est qu'ils sont devenus fragiles et souvent malades dans le Jura. Tous ceux dont le tronc s'est couvert de lierre ont perdu beaucoup de feuillage ces dernières années et plusieurs ont fini par s'effondrer. Le frêne étant un arbre qui ne vit pas très longtemps, le phénomène est encore plus rapide, en particulier sur les plus anciens, évidemment. Certains forestiers annoncent même la disparition prochaine des frênes dans le Jura et dans d'autres régions. En revanche, j'ai observé que les noisetiers qui végétaient au milieu de mes frênes ont accéléré leur développement.

Écrit par : christian cottet-emard | 19 février 2022

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Et bien il semblerait qu'un grand remplacement semble inéluctable à plus ou moins long terme , fort heureusement ce sera par une espèce autochtone de votre région !!

Écrit par : un lecteur intéressé | 20 février 2022

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Oui, ce sera au moins une consolation !

Écrit par : christian cottet-emard | 21 février 2022

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