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23 février 2020

Carnet / De l’oie aux œufs d’or

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Ps : la citation de Jim Harrison est extraite de son livre Un sacré gueuleton (éditions J'ai lu)

 

04 février 2020

Auteur local, auteur furtif, écrivain et fromage de chèvre.

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Il est très difficile de dire à quelqu’un qui sort à peine de l’adolescence et qui veut se lancer dans l’écriture littéraire qu’il ne faut pas trop s’occuper de promotion et d’animation, qu’il s’agisse de lectures en public ou d’animation d’ateliers d’écriture. En ce qui me concerne, je trouve cette responsabilité d’autant plus écrasante que je ne suis évidemment pas sûr d’avoir raison.

À l’époque où je participais à des salons, j’étais presque certain de me trouver dans cette situation pénible auprès d’un jeune homme ou d’une jeune femme à qui je me voyais mal citer Jim Harrison, le genre d’écrivain qui n’est pas vraiment dans le registre de la séduction : « Beaucoup de gens croient que toutes les manifestations sociales entourant la littérature font partie de la littérature. Mais c’est faux. Seule compte l’œuvre proprement dite. »

À partir de cinquante ans, on le comprend facilement mais à vingt ou trente, c’est plus compliqué. Question de tempérament aussi... Le mien ne me porte pas vers les pince-fesses, sauf, à la rigueur, si l’on y trouve à boire et à manger avec suffisamment d’espace vital pour éviter les embouteillages de bedaines,  les collisions de popotins, les refus de priorité au carrefour du bar et du buffet, les brouillards d’haleines chargées et les averses de postillons parfois très consistants. Même dans ce cas, je ne suis guère disert puisque je suis bien trop occupé à ne pas renverser mon verre et à goûter à toutes ces bonnes choses. Quand j’étais petit, on m’a toujours expliqué qu’il ne fallait pas parler la bouche pleine. Les bonnes manières ont du bon, elles permettent en un tel cas de ripailler en silence et en toute bonne conscience.

Dans un salon, parmi les différents publics qui vous accostent pour d’autres raisons beaucoup moins avouables que l’achat de vos livres, certains profils sont moins sympathiques que les jeunes vocations littéraires et poétiques. Il s’agit des auteurs plaintifs. Je veux ici parler d’auteurs et non d’écrivains. Un écrivain est un auteur qui a réussi en qualité, en quantité ou les deux à la fois. Dans l’idéal, c’est aussi un auteur qui laisse aux autres la faculté et la gentillesse de lui attribuer le label d’écrivain ou de poète. On trouve dans cette noble catégorie l’auteur furtif, l’homme ou la femme d’un seul livre et qui finit par se taire puis disparaître des radars. C’est souvent un écrivain, et un bon.

L’auteur plaintif est fréquemment un auteur local qui se plaint de sa librairie locale et de sa médiathèque municipale qui n’en font jamais assez pour ses livres. Qu’il ait de bonnes ou de mauvaises raisons de le penser, il ne devrait pas s’en formaliser. Est-ce si important d’être reconnu comme auteur local ? Je ne crois pas. J’en ai déjà parlé ici et . En effet, S’il est un lieu où l’on n’aura confiance ni en vous ni en vos livres, c’est bien votre région natale. Si vous ne voulez pas la quitter, faites-en le cadre de romans noirs que vous publierez sous pseudonyme afin d’exciter la curiosité d’un public qui se détournera si vous écrivez sous votre vrai nom. Il s’agit d’un phénomène tout à fait normal et naturel.

Comment voulez-vous être pris au sérieux dans votre activité littéraire par quelqu’un qui a pu vous voir en culottes courtes et qui a pu être par exemple votre professeur témoin de votre échec scolaire avant de devenir adjoint délégué à des affaires culturelles déjà mal en point dans votre bourgade ? Et vous, prendriez-vous au sérieux cette même personne dont la promiscuité des petites villes vous a donné accès à toutes les anecdotes amusantes ? Bien sûr que non.

Cela me fait penser à cet épisode que m’a raconté un écrivain furtif. Il avait un cousin qui élevait des chèvres et produisait d’excellents fromages dont il approvisionnait avec succès plusieurs points de vente de sa région. Fort de cette réussite, il eut envie de personnaliser sa production en faisant imprimer des étiquettes et du papier d’emballage à son nom inscrit en belles lettres rouges, une manière bien compréhensible de signer ses fromages qui méritaient d’être considérés comme, toute proportions gardées, ses créations. Il se mit alors à perdre des ventes car malgré la qualité constante de ses fromages, beaucoup moins de gourmets qui l’avaient connu la morve au nez dans son enfance eurent envie de continuer à les goûter.

J’ai un peu de mal avec cette dénomination d’auteur local qui frise le pléonasme. On est toujours l’auteur local de quelque part ou, plus inquiétant, de quelqu’un. Si je me dispute avec un auteur plaintif, je peux très bien le traiter d’auteur local et si le ton monte, d’autres noms d’oiseaux bien pires comme supporter par exemple. Moi-même, je ne fais pas exception à la règle. Si je ne m’aime pas en auteur local, comment pourrais-je aimer les autres auteurs locaux ? Tout cela, voyez-vous, c’est comme l’amour et la nourriture, tout dans la tête !

© Éditions Orage-Lagune-Express

 

11 mai 2019

Carnet / Littérature et patates frites à la graisse de bacon

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Lorsque je travaille (très lentement) à un roman, je suis toujours perplexe quand il me faut céder à ce bricolage, c’est-à-dire veiller à la cohérence du récit, à l’épaisseur des personnages et autres ficelles attendues par une majorité de lecteurs comme on attend les pommes de terre avec la choucroute. Je voudrais bazarder toute cette horlogerie. C’est ce que j’avais fait dans mon Grand variable mais jamais ce livre ne fut considéré comme un roman.

 

C’est pourquoi j’admire Jim Harrison. On dirait qu’il n’a écrit tous ses gros bouquins que pour le plaisir de nous décrire ce qu’il mange, ce qu’il boit et où il marche. Plus les romans sont épais, plus les intrigues sont ténues ou bâclées. Les nouvelles tirent en longueur (ce sont d’ailleurs des novellas) et s’arrêtent comme elles ont commencé. Les chutes sont absentes ou prévisibles, notamment lorsqu’il y a suicide. Les scènes de sexe sont rapides, furtives et convenues. Le narrateur, omniscient ou non, est écrasant et désinvolte avec les autres personnages décrits à gros traits. La prose s’égare vers le poème et le poème s’épaissit dans la prose.

 

Lors d’une discussion avec un poète de ma connaissance, à l’écriture assez caractéristique de cette tendance que je déplore et qui consiste à intellectualiser la sensation, l’envie de provoquer un peu mon interlocuteur me fit évoquer un poème de Jim Harrison où il est question (entre autres) de patates frites dans la graisse de bacon. Le résultat ne se fit pas attendre. Mon visiteur poète me déclara : je ne lis pas de la poésie pour entendre parler de fricassées de patates.

 

Je lui répondis que je comprenais et respectais son point de vue mais que je ne le partageais pas. Du coup, la conversation tomba comme une cuillerée d’huile dans le gosier et nous eûmes bien du mal à la relancer tant elle avait été flinguée par les patates frites à la graisse de bacon de Jim Harrison.