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08 mai 2022

Carnet / L’abstraction des bords de mer

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Dès que je me promène en bord de mer, j’entre dans l’abstraction, en opposition à la vie dans ma région natale et dans ma campagne où règne le concret. Les vacances qui sont une idée abstraite y sont bien sûr pour beaucoup.
 
J’ai vu la mer pour la première fois au milieu des années soixante, l’époque de mon enfance. C’était la mer du nord. J’étais à l’arrière de l’Opel blanche crème de mon parrain. Nous roulions doucement dans les rues d’Ostende lorsque la mer apparut soudain entre deux immeubles.
 
Je m’en souviens comme si j’y étais encore mais je suis incapable de me rappeler précisément l’année et le jour où, très jeune homme, je vis apparaître la Méditerranée. Le souvenir de ma première vision de l’océan est plus précisément daté parce que j’y faisais du camping dans les Landes, ce qui ramène certes au concret mais celui-ci s’efface dès que je flâne sur la plage. Cependant, la véritable abstraction qu’est à mes yeux le paysage maritime est l’horizon méditerranéen.
 
J’ai mis très longtemps à mettre ces pauvres mots sur cette idée qui est aussi une sensation, pour moi un évènement qui s’est produit en entrant acheter du raisin à l’étal d’un petit magasin  de la ville d’Alghero en Sardaigne, un îlot d’ombre précaire dans l’immense lumière bleue du matin.
 
Cette matinée n’était pas un jour de rêve puisqu’elle était bien réelle mais un jour rêvé pour l’abstraction d’une journée où ces gros raisins de couleur parme qu’on trouve en été en Sardaigne se suspendaient en sphères scarieuses dans l’espace ombreux de l’échoppe telles des planètes dans le cosmos.
 
Ainsi naissent des tableaux dans le rêve éveillé des peintres ou quelques lignes lorsqu’on n’est pas capable de peindre et que la jolie marchande de fruits et légumes sourit parce qu’elle croit lire dans les pensées.
 
 
Extrait de mes Carnets d'Italie, © Éditions Orage-Lagune-Express.
Photo : Alghero (Sardaigne) photo Christian Cottet-Emard.
 

26 octobre 2021

Carnet / Alghero (Sardaigne) : Vermentino au café Diva, 11h30.

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Le café Diva tient avec bonheur l'équilibre entre l'enseigne branchée et le bistrot de quartier, ce qui crée l'harmonie de sa clientèle d'habitués, de touristes et de jeunes estivants locaux. Ceux-là viennent plus nombreux le soir mais quelques-uns ont la belle santé pour n'avoir dormi que deux ou trois heures au petit matin après une nuit de flirts et de palabres avant de revenir pour l'apéritif.

Comme moi, pour se rafraîchir, ils boivent un verre de Vermentino frizzante car la chaleur obligera bientôt à la sieste mais ce vin n’assomme pas car il titre peu en alcool. Des familles de vacanciers anglais aux visages roses et aux polos teintés de bleu layette et de vert amande jettent un coup d'œil aux clients attablés en terrasse. J'espère qu'ils me confondent avec les autochtones. Mais non, puissent-ils plutôt me confondre avec mon ombre joyeuse qui se promène tranquille dans la lumière.

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Extrait d'un carnet de voyages en Italie. Le livre sera illustré de dessins et non de photos. (Parution avant Noël si tout va bien)

 

06 août 2015

Carnet de voyage / Sardaigne : Enola Gay

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Dans quel esprit suffisamment inconscient avait pu naître l'idée de donner à une boutique de mode le nom du bombardier B-29 qui largua la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945 ? Au cas où le client n'aurait pas fait le rapport, des images de l'avion accompagnaient les sinistres lettres inscrites en gros caractères sur la vitre. Enola Gay est aussi le nom de la mère du colonel Paul Tibbets qui « baptisa » ainsi son B-29 en une délicate attention, d'un goût aussi sûr que celui dont fit preuve le marchand de jeans.

Il faisait beau dans les rues d'Alghero ce jour-là, comme le 6 août 1945, et je dois dire que cette enseigne stupide suffit à assombrir un moment (dérisoire) mes pensées. Je ne pus que m'éloigner en souhaitant une faillite rapide à ce commerce et j'aime à songer aujourd'hui que mon voeu fut exaucé car durant mon dernier séjour à Alghero, je pus constater la disparition d'Enola Gay au profit d'une autre échoppe au nom plus engageant.

(Extrait de mon recueil de carnets de voyages en Italie)