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28 mai 2016

La manif et l'apéro

En voyant ces dernières semaines toutes ces manifestations qui dégénèrent en France, je ne peux m’empêcher de penser avec nostalgie à un épisode auquel j’ai assisté lors d’un voyage en Sardaigne.

Une manifestation à Porto Torrès (Sardaigne)

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Sur le ferry avant l'arrivée à Porto Torrès (Photo Ch. Cottet-Emard)

Au moment de quitter la Sardaigne pour retourner sur le continent, j'appris qu'une avarie survenue sur le bateau assurant la liaison Porto Torrès-Marseille me contraignait d'embarquer sur un autre ferry. Le départ n'étant fixé qu'assez tard dans l'après-midi, il ne me restait plus qu'à errer, par cette lumineuse matinée portuaire, dans les petites rues écrasées de chaleur de cette ville inconnue.

Entre les immenses quais d'embarquement et le petit centre historique qui faisait oublier la présence du plus déraisonnable complexe pétrochimique qu'il m'ait été donné de voir, s'étendait en pente douce un quartier tout entier dévolu au commerce de l'inutile. Cartes postales décolorées au grand soleil, bibelots en coquillages au design tout droit sorti d'intelligences extra-terrestres, colifichets et bijoux biodégradables par la simple action de la sueur sans oublier les épuisettes écologiques car spécialement conçues pour que leurs acquéreurs n'aient aucune chance de capturer le plus distrait des poissons, tout ce joyeux bric-à-brac débordait sur des trottoirs lustrés par des générations de piétons ralentis par la chaleur.

Je me mêlai facilement à ces paisibles flâneurs lorsqu'un ballet de carabiniers attira mon attention. Déployés en nombre, ils encadraient solidement un cortège de manifestants qui descendaient le corso, drapeaux rouges au vent (en l'occurrence une gentille brise marine) en direction du port. Scandant leurs slogans et arborant leurs banderoles, ils n'avaient pas l'air de rigoler et les carabiniers non plus. À bonne distance, j'assistai au défilé avec d'autant plus d'inquiétude que l'idée d'un blocage du port s'imposa très vite à mon esprit. Il me semblait en outre que la tension montait, tant dans les rangs des carabiniers que dans ceux des manifestants. Mais cette impression n'était peut-être due qu'à ma propre crainte de me retrouver coincé dans cette ville sans attrait majeur, dans l'attente angoissée d'un départ déjà compromis.

Onze heures. Un café et quelques panini m'aideraient à y voir plus clair. J'entrai dans un de ces établissements dont les italiens ont le secret et qui sont à la fois des bistrots, des salons de thé et des boulangeries-pâtisseries-confiseries. Je m'installai à l'étage, à une table avec vue sur le port afin de continuer à suivre le déroulement de la manifestation. Celle-ci ne suscitait parmi les clients et consommateurs attablés ou accoudés au comptoir que quelques coups d'œil distraits. A l'abri derrière mes panini, je vis le cortège s'immobiliser vers des hangars. Quelques slogans fusèrent encore d'un haut-parleur puis la manifestation se dispersa.

C'est alors que je pus réaliser combien mon inquiétude était vaine. En effet, un spectacle savoureux et réconfortant se déroulait maintenant sous mes yeux, plus exactement au comptoir où, banderoles repliées pour les uns et casquettes à la main pour les autres, manifestants et carabiniers se retrouvaient cette fois tous unis par la même idée : prendre l'apéritif !

Extrait de mon carnet de voyage en Sardaigne. © Éditions Orage-Lagune-Express. Droits réservés.

 

 

06 août 2015

Carnet de voyage / Sardaigne : Enola Gay

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Dans quel esprit suffisamment inconscient avait pu naître l'idée de donner à une boutique de mode le nom du bombardier B-29 qui largua la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945 ? Au cas où le client n'aurait pas fait le rapport, des images de l'avion accompagnaient les sinistres lettres inscrites en gros caractères sur la vitre. Enola Gay est aussi le nom de la mère du colonel Paul Tibbets qui « baptisa » ainsi son B-29 en une délicate attention, d'un goût aussi sûr que celui dont fit preuve le marchand de jeans.

Il faisait beau dans les rues d'Alghero ce jour-là, comme le 6 août 1945, et je dois dire que cette enseigne stupide suffit à assombrir un moment (dérisoire) mes pensées. Je ne pus que m'éloigner en souhaitant une faillite rapide à ce commerce et j'aime à songer aujourd'hui que mon voeu fut exaucé car durant mon dernier séjour à Alghero, je pus constater la disparition d'Enola Gay au profit d'une autre échoppe au nom plus engageant.

(Extrait de mon recueil de carnets de voyages en Italie)

21 octobre 2014

Carnet / Des kilos, de la nourriture, des cigares, de Pessoa et du rêve.

Au printemps 2013, au cours d’une période que je qualifierais d’un point de vue psychologique d’« intranquille » pour emprunter à Fernando Pessoa, j’ai perdu près d’une dizaine de kilos en trois semaines sans être pour autant malade. Pour me maintenir à ce nouveau poids qui me convient mieux, j’ai constaté que la seule solution est de manger moins.

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Il ne s’agit même pas de faire un régime mais simplement de jouer sur les quantités de nourriture. Je continue de manger ce qui me plaît, aussi bien des bons petits plats très sains que toutes sortes de saletés bien grasses et bien lourdes à digérer. Du moment que je surveille la quantité de tous ces aliments, quelle que soit leur qualité, j’arrive à me maintenir entre 76 et 77 kilos au lieu des 86 que j’ai portés pendant vingt ans. 

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Pour essayer de descendre à 75 que je considérerais comme mon poids idéal, je me suis imposé des longueurs de bassin au centre nautique à mon rythme, c’est-à-dire lentement mais avec régularité, plutôt dans un souci de détente (j’aime l’eau) que dans le but de faire de l’exercice physique car j’ai une vieille aversion et un profond mépris pour le sport. 

À l’inverse du contrôle des quantités de nourriture, cette activité physique ne m’a pas fait perdre un gramme, le seul bénéfice étant un tout petit peu plus de tonicité musculaire. Après huit mois de piscine à surmonter mon dégoût du bain collectif, des mauvaises manières des nageurs sportifs et de certains comportements carrément répugnants observés dans le bassin, j’ai arrêté de fréquenter le centre nautique.

Comme je ne nage jamais dans les lacs et rivières, la perspective de reprendre des séances de natation est désormais pour moi très faible. En plus, ayant failli me noyer il y a deux ans dans les Landes,  j’ai décidé de ne plus jamais nager dans l’océan. Il me restera donc la possibilité de nager dans la mer en Sardaigne lorsque j’y retournerai.

L’activité physique ne présentant aucun intérêt pour maigrir (du moins dans mon cas personnel), je dois m’en tenir au contrôle de la quantité de nourriture, ce qui m’est un effort constant car j’adore me goinfrer, de préférence de cuisine des terroirs bien consistante mais aussi de sandwichs, de frites et de toutes sortes de sauces et de condiments. Et je ne parle pas du chocolat (mon antidépresseur) et de mon goût immodéré pour tout ce qui est sucré. Je dois me faire grande violence le soir et tard dans la nuit avant d’aller me coucher pour ne pas m’offrir une ou deux cuillers de confiture qui me déclenchent aussitôt une forte envie de fumer un cigare.

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Bien sûr, j’arrive à rester raisonnable et à ne pas dépasser les 77 kilos qui constituent mon alerte orange. L’été 2013, j’avais réussi à descendre quelques semaines à 75 mais je m’estime heureux avec mes 76 ou 77 actuels.

Je me demande souvent pourquoi je suis préoccupé par ces histoires de poids et de corpulence alors que je suis complètement indifférent à la mode des corps parfaits, sculptés, musclés, athlétiques. Peut-être suis-je influencé, parasité par  mon incapacité à me faire une idée  de ma propre image, peut-être suis-je  « agi » comme dit Pessoa dans Le Livre de l’intranquillité de Bernardo Soarès (éditions Christian Bourgois) : « Dans aucun des actes de la vie réelle, depuis l’acte de naître jusqu’à celui de mourir, tu n’agis vraiment : tu es agi ; tu ne vis pas: tu es seulement vécu. »

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« Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle » écrit Pessoa. « Tu n’y parviendras qu’en rêvant, parce que ta vie réelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres. Tu remplaceras donc la vie par le rêve, et ne te soucieras que de rêver à la perfection. »

Sur ce plan-là au moins, je dois dire que j’ai parfaitement réussi, bien avant d’avoir lu Pessoa !

 

Photo 1 : Casa Pessoa, Lisbonne, septembre 2014

Photo 3 : mes havanes préférés (Por Larrañaga)

Photo 4 : Fernando Antonio Nogueira Pessoa