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21 novembre 2017

La santé au cinéma

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Grâce au zèle d’une sénatrice PS (oui, ça existe encore) et de la ministre de la santé, nous serons peut-être bientôt en mesure d’annoncer une excellente nouvelle : la santé des personnages de fiction cinématographique va notablement s’améliorer puisqu’il seront peut-être enfin privés de tabac.

Certes, les acteurs qui incarnent ces personnages et encore trop d’individus réels persisteront-ils dans leur vice en allant s’en griller une dès que ce qu’il leur restera de vie privée leur en laissera l’occasion mais il n’y a pas de petite victoire !

Moi qui suis un répugnant amateur de cigare (oui je suis coupable, c’est ma faute, c’est ma très grande faute), j’ai été sensible à l’argument d’un professeur ayant déclaré à la télé que la simple vision d’une scène où l’on fume enclenche dans le cerveau un processus d’envie tabagique scientifiquement mesuré. En ce qui me concerne, dans mon enfance, c’est probablement en regardant Don Diego de la Vega allumer des cigares dans Zorro que j’ai été conditionné. Dommage que la sénatrice PS et la ministre n’aient pas été là à l’époque pour veiller sur la santé de Don Diego et par conséquent sur la mienne !

Heureusement, ces années de débauche sont désormais bien loin et nous vivons maintenant une époque formidable pleine de gentilles personnes fermement décidées à faire le bonheur des grands enfants que nous sommes, à nous protéger contre nous-mêmes. Je suis touché par la sollicitude de ces responsables sains et vertueux, notamment celle de la ministre à qui je ferais toutefois, dans le domaine de la santé publique, une suggestion.

Délivrer nos héros de films de l’addiction au tabac, en voilà une idée (puisqu’il faut bien en avoir de temps en temps) mais il en est une qui me plairait davantage et qui concernerait non plus des êtres imaginaires mais de vrais gens. Il s'agirait de délivrer les urbains et les ruraux du diesel, de la pollution, les personnels soignants du burn-out et plus généralement tous ceux qui souffrent au travail parce qu’ils sont en sous-effectif chronique, et aussi les impécunieux condamnés à la malbouffe, la liste ne demande qu’à être complétée et ça, ce n’est pas du cinéma...

 

 

26 août 2017

Carnet / De l’inconvénient de mourir pour un écrivain

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Antonio Tabucchi, hélas décédé en 2012 à soixante-neuf ans, est un intellectuel de gauche très représentatif des années soixante-dix et quatre-vingt du vingtième siècle. Je ne partage pas beaucoup de ses opinions politiques, surtout dans les temps que nous connaissons, mais cela ne m’empêche pas de le considérer comme un très grand écrivain d’un point de vue strictement littéraire et cela suffit à mon bonheur de le lire.

Je crois que c’est Borges qui disait que les opinions politiques individuelles d’un écrivain n’avaient guère d’intérêt, ce que je pense moi aussi. Par exemple, s’il m’est arrivé de citer Tabucchi à propos des Lusiades de Camões, ce n’est pas du tout pour étayer ma lecture personnelle de l’épopée nationale portugaise, ce à quoi je me garderais bien de me hasarder.

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Quant au personnage principal, ce Pereira qui prétend, ce n’est pas son évolution politique qui m’a le plus intéressé mais sa nature, ses habitudes, son cadre de vie, ses sentiments, sa mélancolie, sa manière d’être au monde, de se déplacer, de bouger, de se nourrir, de vivoter.

Comment un écrivain est-il compris ou espère-t-il l’être par le lecteur ? Vaste question. Peut-être Antonio Tabucchi serait-il très mécontent de ma lecture apolitique de son Pereira prétend, c’est même fort probable...

 

01 août 2017

Carnet / Des librairies : point de vue d’un auteur lecteur client

Je ne fais guère la fortune des libraires car j’achète principalement des livres de poche. J’ai gardé cette habitude de quelques lointaines époques impécunieuses et aujourd’hui encore, je répugne par réflexe à payer vingt euros un ouvrage que je retrouverai en édition de poche quelques mois après sa parution, surtout s’il s’agit d’une nouveauté que je me risque à découvrir.

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Souvent, je juge les couvertures des éditions de poche plus attractives que celles des éditions d’origine. Dans ma pratique d’auteur (je préfère employer ce terme à mon propos plutôt que celui d’écrivain car un auteur ne peut à mon avis se prévaloir lui-même du titre d’écrivain) les collections de poche me font plus rêver que la pléiade !

Bon nombre des livres que je possède en éditions brochées mais aussi en éditions de poche proviennent du marché de l’occasion (libraires d’anciens, soldeurs) et de vente par correspondance (Fnac, Amazon).

Même si j’apprécie de m’approvisionner parfois en librairie (une belle librairie avec beaucoup de stock est toujours un plaisir), je dois dire que dans mon parcours d’auteur publié par de petites maisons d’édition, je n’ai guère trouvé de soutien de la part des libraires quand ce n’était pas du mépris voire de l'hostilité franche ou sournoise, excepté dans quelques maisons de presse.

Ces expériences négatives en tant qu’auteur auprès des libraires m’ont ennuyé tant que la distribution de mes œuvres dépendait exclusivement de leur circuit, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui grâce à internet et en particulier à Amazon.

Je suis bien conscient des difficultés que rencontrent les libraires dans leur pratique commerciale (j’ai d’ailleurs suivi jadis une petite formation d’un an à ce métier, cursus associé à des stages en magasin) mais le monde marchand étant ce qu’il a toujours été, une belle foire d’empoigne, je n’ai ni les moyens ni la volonté d’être un auteur et lecteur militant de la défense du petit commerce tout comme le petit commerce n’a ni la capacité ni la vocation à militer pour la survie des éditeurs indépendants et des auteurs confidentiels.

Actuellement, lorsque quelqu’un me fait l’amabilité d’ouvrir un de mes livres, c’est qu’il se l’est procuré en ligne, notamment sur Amazon, directement auprès de l’éditeur, sur le marché de l’occasion, lors de quelques salons du livre auxquels il m’arrive rarement de participer ou en lecture publique quand les bibliothécaires veulent bien accueillir mes ouvrages dans leurs collections.

Je n’ai ni à me plaindre ni à me réjouir de ce constat simplement significatif, y compris à mon minuscule niveau, des récentes évolutions du commerce de détail des livres et autres biens culturels.

L’avenir des librairies me paraît assez sombre. Les petites qui n’apportent pas un service client spécifique et efficace pour compenser le handicap bien compréhensible de stocks restreints sont vouées à disparaître. Les autres enseignes à peu près indépendantes et de plus grande envergure s’adaptent tant bien que mal aux récentes et rapides évolutions du marché du livre mais parfois au prix d’une standardisation de leur offre.

À elles de ne pas oublier que pour le client, s’approvisionner en livres, notamment en livres à faibles tirages ou en éditions anciennes (je ne parle pas ici de la bibliophilie qui constitue un marché à part) n’est pas près d’être un problème grâce à internet. Dans cet environnement commercial difficile pour elles, il leur appartient de prouver qu’entrer dans une librairie avec l’agrément de trouver des nouveautés mais aussi avec l’espoir de dénicher le mouton à cinq pattes (*), fût-il couvert de poussière, est un plaisir encore supérieur à celui d’être rivé à un écran pour faire venir un livre ou un disque de l’autre bout du monde en payant un centime de port.

 

(*) J’appelle mouton à cinq pattes un livre qui ne peut être tracé aussi efficacement qu’une nouveauté : non référencé sur les bases de données habituelles, dépourvu de code barre, n’ayant pas fait l’objet d’un dépôt légal en raison de son faible tirage, auto-édité ou édité à compte d’auteur, épuisé ou publié par un micro-éditeur ou encore publié par un éditeur qui a disparu. Un mouton à cinq pattes peut être aussi tout simplement un livre à rotation lente... Hélas.

Photo : détail d'une fresque murale à Arbent (Ain).