17 juin 2011
Dans mon carnet rouge
Capitalisme sauvage
La question n’est pas de savoir combien de temps cela peut encore durer mais plutôt combien de temps cela mérite de durer.
Nouvelle veste
Il vient un âge où l’on s’inquiète d’acheter une nouvelle veste car ce sera peut-être celle avec laquelle on sera porté en terre.
Échec
L’échec est un rideau de théâtre. La pièce est finie mais derrière le rideau, il se passe encore quelque chose.
Liberté
La liberté dans le langage courant, c’est comme l’oiseau dans les poèmes de Jacques Prévert, mièvre et vague.
Beauté
La beauté n’a rien d’autre à nous dire que « je suis belle » .
Sans joie
Ce n’est pas par orgueil et vanité que je dédaigne la politique, l’économie, le sport et tout ce qui est censé intéresser mon prochain. C’est parce que tout cela est sans joie et sans bonté. Surtout sans joie.
Écrivain
Un écrivain est un auteur qui est capable de retenir notre attention, même avec une histoire sans intérêt.
Anomalie
La vie n’a que le sens que nous lui donnons. Autant dire qu’elle n’en a pas.
La vie fonce tout droit devant sans autre objectif que de se développer tant que la possibilité lui en est donnée. Une anomalie.
Poème
Un poème est toujours nostalgique. On essaye de retrouver quelque chose qui n’existe plus ou qui aurait dû exister. Un poème est une tentative de retrouvailles.
Science fiction
Pourquoi je ne suis guère intéressé par la science fiction ? Parce que nous sommes arrivés à une époque où les pires scénarios de la science fiction se sont déjà réalisés.
© Éditions Orage-Lagune-Express 2011.
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31 mai 2011
Carnet du chant de la nuit
Soir de grand vent doux. À plus de minuit, la haie de frêne et d’érable devant ma fenêtre ouverte se balance dans l’air chargé de senteurs d’orage réveillées par quelques gouttes.
Cette brève averse n’a même pas interrompu les stridulations des grillons. Les feuilles ragaillardies par cette fraîcheur nocturne luisent et dansent dans ce souffle musical. Ma première perception du monde est musicale. Tout ce que j’entends des bruits de la nature me parvient comme une musique. Lorsque que me viennent un poème, une nouvelle ou un fragment de roman, cela se présente toujours d’abord sous la forme d’une musique que je suis le seul à entendre mais que je suis évidemment incapable de transcrire sur une partition. Chanceux Gustav Mahler d’avoir pu écrire les deux épisodes nocturnes de sa septième symphonie intitulée Chant de la nuit ! Moi, j’ai quelques mots. On fera avec...
Photo : moment de lune dans ma haie de frênes
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23 mai 2011
Carnet des carnets
Les carnets en ligne ne m’ont pas détourné des carnets de papier, sans doute parce que je ne peux renoncer à cette puérile habitude de coller au milieu de mes notes mes bagues de cigares et toutes sortes d’images et documents qu’il me plaît de retrouver des années après, comme cette belle photo de couverture du livre d’Antonio Tabucchi Il se fait tard, de plus en plus en plus tard (éditions 10/18).
Griffonner des carnets détourne dangereusement du conseil d’Épictète : « aie soin en premier lieu qu’on ne sache pas qui tu es » . Quitte à persister dans cette imprudence, je constate que le carnet accueille plus volontiers qu’un auditoire navré d'amis ou d'anciens collègues mon bilan de la cinquantaine : je n’ai trouvé aucun sens aux différents métiers que le hasard et surtout la nécessité m’ont contraint d’exercer. Le temps considérable que j’ai dilapidé dans ces activités ne représente rien. La poésie (au sens large) ne m’a rien apporté sur le plan social et économique, je n’ai pu lui consacrer qu’un peu de temps volé aux obligations professionnelles et au quotidien mais elle représente tout pour moi.
J'en dis autant de la musique, celle de Mahler par exemple. J’ai regardé l’autre soir sur la chaîne Arte la « thema » Gustav Mahler. Un interprète a déclaré : « un musicien ou un auditeur qui vit avec cette musique devient un autre homme » , ce que je trouve parfaitement exact.
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