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29 mars 2017

Poèmes du bois de chauffage / Ce qui n'existe pas

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En bâchant mes piles de bûches j’ai constaté avec satisfaction qu’elles prenaient bien le vent qui venait de naître au loin dans la forêt odorante et qui venait brasser dans les frênes

Les bâches ne risquent pas de s’envoler grâce aux pierres énormes que je leur ai jeté dessus en vociférant des bordées d’injures contre moi-même qui gaspille mon énergie et contre la vie qui fait pareil

Pour fêter ça je m’en suis jeté un derrière la cravate un bon vieux Connemara tourbé avec des chips et un cigarillo bien corsé suivi d’un reste de choucroute avec des saucisses fumées et du petit salé

Puis je me suis endormi comme un ours et pendant que la lune roulait dans les frênes secoués par le vent j’ai rêvé

Rêvé que j’avais trouvé un petit dragon dans mes piles de bois de chauffage un bébé

Le lendemain après le café avant l’aube j’ai vérifié que les bâches tenaient toujours et j’ai écrit une nouvelle dont le point de départ était la découverte du bébé dragon dans le bois de chauffage mais qui en réalité parlait de tout autre chose

C’est ainsi que fonctionne un scribouillard de mon espèce

Obligé d’empiler du bois pour l’hiver en pensant à un animal qui n’existe pas comme beaucoup d’autres choses en cette vie

 

Extrait de Poèmes du bois de chauffage, © Éditions Orage-Lagune-Express, 2017.

Photo : livraison du bois de chauffage chez moi.

 

01 novembre 2016

Mon poème de la Toussaint et du Jour des Défunts

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I

Toussaint

À la veillée des anciens mondes les feux d’humbles talus parfument les champs d’astres

La rivière est souvent déjà sombre et rapide mais la lumière en ses méandres y trouve un chemin dans les saules

Dans le courant chaque seconde et chaque vague reçoivent nos séjours

L’herbe chante à la flamme veilleuse des rivages des refrains de vergers loin derrière les fumées de berges incertaines

La voile accueille un vent fossile et conduit des paroles en forme de légendes et de mystères enchantés

 

II

Défunts

Les arbres bruissent du fond des terres où vous vous effacez

Défunts désormais loin des berges de l’aube et du soir où l’on allume des feux d’herbe pour croire encore en un retour en gloire

Qu’importe au fleuve ténébreux l’esquif de braconniers en loques tous ils retournent sur le flot

Toutes saisons ne furent qu’escales où l’on offrit et déroba le pain farci de clefs des champs la gourmandise du veilleur la provision du matinal

 

III

Élégie des beaux jours d’automne

C’est trop bête les beaux jours d’automne sans vous toutes et tous absents pour toujours

Partout des prodiges sur Terre elle-même prodige vue depuis la Mer de la Tranquillité

Chaque seconde des miracles la lune dans les frênes la campanule à fleur de roche le mauve de la colchique le marron d’Inde qui brille sur la petite route forestière

On n’a rien vu de tel ailleurs dans l’univers pourtant si extravagant jusque dans ses plus profonds enfers alors pourquoi

Pourquoi pas juste une fois encore même une seule ce si petit miracle comparé aux autres si prodigieusement absurdes si majestueusement et sidéralement stupides

Pourquoi pas ce minuscule miracle un peu de temps encore avec vous toutes et tous dans les beaux jours d’automne

Car en comparaison de vous toutes et tous qui êtes tout et qui avez existé Science Foi Philosophie et Destin pèsent moins qu’un caillou de la Mer de la Tranquillité

 

IV

Deuil

L’heure vient à l’hiver en son office de ténèbres pour naviguer sur l’estuaire inconnu

La prière se mesure à l’absence à l’énigme éternelle au récit d’un été

Les voûtes n’ont pu tenir le retour d’une joie ancienne

La nuit alourdit de pétales et d’encens la veillée des faux morts ceux dont l’oubli ne veut

 

© Éditions Orage-Lagune-Express 1992 et 2016 pour la version modifiée et augmentée

Photo © Christian Cottet-Emard

 

23 janvier 2016

Carnet / Des notes en désordre et d’un tueur lent

Lueurs incertaines des jours et des nuits. Les samares, fruits secs des frênes avec une seule aile dont les amas bruns évoquent des trousseaux de clefs, continuent de pendre aux branches en hiver. Par temps de givre, ils grésillent au moindre souffle d’air. Au redoux, le vent les agite et les frênes ont l’air de chuchoter entre eux mais je suis arrivé à un âge où je sais désormais que, comme les humains, ils n’ont pas grand-chose à se dire. carnet,note,journal,autobiographie,écriture de soi,prairie journal,blog littéraire de christian cottet-emard,littérature,états d'âme,sentiments,christian cottet-emard,destin,campagne,maison,frêne,samare,fruit,hiver,givre,redoux,arbre,nature,contemplation,retrait,vie intérieure,saudade,lisbonne

Difficultés avec la technique, l’habileté manuelle, les calculs élémentaires, l’esprit pratique. Ce sont ces manques qui m’ont poussé à choisir l’écriture au lieu de la musique ou de la peinture. Mais je travaille tous les jours à accepter cette incapacité, cette limite, et même à aimer cette incompétence puisqu’elle est malgré tout ma vie. Je connais d’ailleurs tant d’individus doués de talents variés et multiples qui ont une existence mille fois moins douillette et facile que la mienne.

Tous ces gens qui aiment souffrir au nom de grands principes et de belles idées, ils me fatiguent. Je suis las d’assister au cortège de leurs mortifications, à l’accélération de leur course au néant.

Mon destin ne consiste peut-être en rien d’autre qu’à vivre dans cette maison au milieu de la campagne et à ne pas participer, même au plus humble niveau, à ce à quoi participent les gens dits normaux. « Certains plantent, d’autres récoltent » ai-je souvent entendu dire quand j’étais enfant. Alors sans doute mon destin est-il d’habiter cette maison, cette campagne, ce lieu tant désiré et si difficilement obtenu par mon défunt père, et de me contenter d’y vivre facilement, à ma mesure, oublié de celles et ceux qui ont tenté de me comprendre sans y parvenir puis qui se sont éloignés faute de mieux parce qu’aucun autre choix n’était possible, ni pour eux ni pour moi.

Parfois dans la rue, des visages d’anges et, derrière, des paquets de névroses, une batterie de vieilles gamelles psychologiques qui s’entrechoquent dans le chaos.

Un jour, je vais finir par devenir le personnage secondaire d’une fiction impubliable.

Ce qu’on nomme aujourd’hui « musique » et « poésie » , si c’était autre chose ?

La plupart du temps, nous ne nous apercevons pas que nous vivons un moment fort de notre existence. Quand nous en prenons conscience, il est déjà trop tard pour le vivre encore mieux. Ce n’est déjà plus qu’un souvenir, un fantôme hyperactif qui ne nous laissera plus de répit.

Le chagrin est un tueur lent.

Photo CC-E