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08 avril 2017

De la sociologie de vestiaire

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J’ai lu attentivement ce bref reportage qui prétend donner une sorte d’instantané de la ville en cette période de campagne électorale. Oh, je n’ai guère de mérite. L’argument est si rudimentaire qu’on ne risque pas la surchauffe des neurones et la fusion de la matière grise.

La population d’Oyonnax, comme dans l’univers des Shadoks et des Gibis, vivrait sur deux planètes proches mais radicalement étrangères. D’un côté le rugby, de l’autre le foot. (Pour moi, cela ne fait que des gens qui courent après une baballe mais bon, il paraît que non.)

Premier constat : parmi les différents thèmes abordés et esquissés à gros traits (passé et présent industriels, déclin, urbanisme, quartiers populaires, politique, délinquance, immigration, action municipale), pas un mot et pas un dessin à propos de la culture. À croire que les cultureux à Oyonnax sont des martiens.

Certes, la médiocrité des saisons culturelles qui se succèdent ces dernières années au centre Aragon (ainsi que beaucoup d’animations relevant plus de l’action sociale que de la culture de création, sans parler du retentissant fiasco de l'affaire Insa Sané) n’encouragent-elles pas à développer cet aspect de la vie de la ville.

Deuxième constat : le chantage et les menaces d’une brochette de petites frappes qui jouent les caïds de quartiers occupent complaisamment un large extrait du reportage qui ne vient pas de Mediapart pour rien. On est soulagé d’apprendre de la bouche du maire « qu’ils ne sont pas des mauvais garçons » ! Qu’est-ce que ce serait s’ils l’étaient ! J’imagine que les gens qui ont vu brûler leurs voitures en juillet dernier parce que des bandes de délinquants avaient des vapeurs apprécient beaucoup cette mansuétude.

Troisième constat (le principal) : n’est-il pas un peu court et condescendant de réduire l’évocation d’une ville ouvrière et de ses habitants à une opposition rugby / foot, sachant quand même que sur vingt-deux mille habitants, tous ne s’intéressent pas à ces enfantillages. Par exemple, moi, le ballon, je m’en bat l’œil pour parler poliment, et je suis sûr que je ne suis pas le seul.

À la lecture de ce reportage dessiné, je me demande ce qui a bien pu exciter la curiosité d’Arte et de Mediapart pour une bourgade qui, comme beaucoup d’autres, a perdu depuis longtemps son identité et cherche désespérément à s’en bricoler une, artificielle, avec le ballon et d’autres gesticulations de ce genre.

Est-ce pour faire oublier que le passé prestigieux de l’ornement de coiffure et de la lunette est révolu et qu’Oyonnax est toujours embourbée dans la nostalgie mortifère des Trente Glorieuses ? Sans doute, car le sport est l’opium du peuple.

Pour ma part, je suis content d’avoir quitté Oyonnax où j’ai vécu de ma naissance en 1959 jusqu’en 2009 et où j’ai travaillé comme rédacteur dans l’agence du quotidien local.

En huit ans de journalisme encarté (nous étions deux professionnels dans cette agence), je me réjouis encore aujourd’hui de n’avoir jamais mis les pieds au stade, jamais couvert un match de ballon ou quelque autre manifestation sportive.

Alors, la fracture sociale oyonnaxienne vue du stade, franchement... Nous avions déjà la psychologie de bazar et la philosophie de comptoir. Voici la sociologie de vestiaire.

 

 Image prise ici.

 

13 janvier 2016

Petit rappel à propos du fonctionnement de ce blog

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Annonces et communiqués

J’accueille l’information extérieure, l’examine, la vérifie et en établis une hiérarchie mais je n’ai pas de comptes à rendre si je ne publie pas les textes et communiqués qui me sont envoyés.

Services de presse

En ce qui concerne les ouvrages (livres, disques et autres supports) que je continue de recevoir en service de presse, j’applique la règle habituelle : pas d’obligation de recension et encore moins de promotion.

Au passage, je précise qu’il est inutile de m’envoyer des polars, de la science fiction, des thrillers, de la fantasy, de la littérature oulipienne et de la littérature sportive (à l’exception des analyses critiques et des pamphlets contre le sport). Je reçois volontiers la littérature étrangère mais bien sûr en traduction française ou à la rigueur en édition bilingue car je n’ai malheureusement pas la capacité de parler et de lire une autre langue que la mienne.

En musique, inutile de m’envoyer autre chose que du classique (périodes ancienne, baroque, classique, romantique et contemporaine). Pas de chanson, pas de variété et encore moins de rock ou apparenté. Si malgré tout je reçois ces dernières productions non demandées, je les vendrai sans états d'âme. Quant au rap, slam et autres, ce sera directement la poubelle (message à l'officine qui persiste je ne sais pourquoi à m'adresser ces sous-produits). 

Il peut m’arriver de répondre favorablement à une proposition de service de presse parce qu’elle aura plus qu’une autre éveillé mon intérêt mais cela n’implique aucune obligation supplémentaire de ma part. Dans ce cas, je peux éventuellement me limiter à un simple signalement, en particulier si l’ouvrage reçu n’a pas suscité (en toute subjectivité) mon adhésion ou mon enthousiasme.

Je me réserve le droit de dire le plus grand mal d’un ouvrage reçu en service de presse même si c’est moi qui ai sollicité l’envoi, cet exercice hygiénique restant toutefois exceptionnel car j’ai presque toujours mieux à faire.

 

09 avril 2015

Carnet / Des mondes emboîtés

La bise qui a rincé le ciel depuis le soir de Pâques est tombée. Malgré le grand soleil qui entre partout dans la maison et la chauffe toute la journée, on ne peut pas encore se passer d’une flambée au crépuscule. J’ai grignoté du chocolat et fumé des cigares une bonne partie de l’après-midi sans écrire une ligne.

L’idée que nous ne vivons pas dans un univers homogène mais dans plusieurs mondes emboîtés les uns dans les autres me fatigue au lieu de m'inspirer.

Autour du petit mont derrière chez moi, des couples de buses variables chassent en vol stationnaire puis s’élancent au-dessus des grands frênes aux troncs nus et moirés.

L'autre jour dans la grande prairie en contrebas de la maison, alors qu'il faisait encore gris, des chevreuils se sont approchés. Malgré la distance, la chatte Linette les a repérés, oreilles dressées et regard inquiet.

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Rapide descente à Oyonnax pour quelques courses peu fructueuses alors que je sais très bien qu’il me faut désormais aller à Bourg ou à Lyon pour effectuer des achats qui n’ont rien d’extraordinaire tant le choix se restreint localement.

Plus cette bourgade affiche son avidité de reconnaissance médiatique, plus elle s’enfonce inexorablement dans le déclin et la perte d’identité. Le seul moment de la journée où ce voile se dissipe un peu et où la ville tente de revivre normalement est la matinée.

Avant midi, j’ai pris un moment pour écouter The Quest (La Conquête), un ballet de Sir William Walton, mais je n’ai pas encore assez mémorisé l’enregistrement récemment acquis de cette œuvre pour pouvoir me la rejouer en pensée ainsi que j’en ai l’habitude pour toute nouvelle musique découverte.

En fin de soirée à la télévision, documentaire lourdement anecdotique sur John Irving, un écrivain que j’ai peu lu (juste un recueil de nouvelles qui ne m’a laissé aucun souvenir). Après avoir vu le film tiré de son livre le plus connu, Le Monde selon Garp, j’ai essayé de lire le roman mais il m’est tombé des mains à cause de sa profusion.

Quant au documentaire, on y voit un Irving cabotin, pathétique lorsqu’il se met en scène en suant sous l’effort du saut à la corde et du jogging d’appartement, et, cerise sur le gâteau, lorsqu’il insiste sur sa pratique de la lutte, un des sports les plus répugnants à regarder que je connaisse.

Encore debout après 2h du matin et pas vraiment envie d’aller me coucher. Par la fenêtre, je viens de voir le renard se faufiler le long de la haie. Quelle perception du monde tous ces animaux qui vivent autour de la maison peuvent-ils bien avoir ? Ont-ils des sentiments ? Et s’ils n’en ont pas ou peu, comme je les envie, parfois.